Tribu Paduang Thaïlande

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Province de mae Hong Son et La tribu Paduang Nous visitons les villages de la tribu Paduang ainsi que ceux des ethnies karens, môhns, lahus, shans et paos. La Province de Mae Hong Son est riche de villages montagnards aux ethnies diversifiées dont les us et coutumes diffèrent les unes des autres.

 

 

La tribu Paduang vit dans quelques villages et camps de réfugiés non loin de la frontière birmane, dans la province de Mae Hong Son. Cette minorité originaire de Karénie, état indépendant de Birmanie, s’est réfugiée en Thaïlande à cause des violences subies par la junte militaire birmane. Nous visitons le camp de réfugiés de « Ban Mai Nai Soi », implanté dans la région depuis 25 ans et accueillant environ 20’000 personnes. Ce camp comprend 4 sections, dont la section1 ouverte aux touristes, que nous visitons.

 

 

Nous avons longtemps hésité à visiter ce village, ne nous sentant pas l’âme de « voyeurs curieux consommant» une culture, et contribuant à la stigmatisation de cette ethnie. Nous en avons parlé avec notre guide Ju impliqué avec sa femme dans divers projets d’aide pour la scolarisation des jeunes provenant d’ethnies minoritaires réfugiées, et avons essayé de savoir quels étaient les ressentis de ces femmes quant aux touristes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous avons insisté sur le fait que ce qui nous intéressait était de pouvoir discuter avec ces femmes et essayer de comprendre le sens de leurs coutumes et savoir comment elles les vivaient ici, à notre époque, dans un monde en pleine mutation.

 

 

Les tribus Paduang-Padong sont divisées en 3 villages installés dans la région, afin de répartir sa population nombreuse. Les habitants de chaque village peuvent circuler librement jusqu’à Mae Hong Son, mais pas plus loin, n’ayant pas la nationalité thaïlandaise. Les camps sont supportés par les Nations Unies ainsi que le gouvernement thaïlandais et de fait, les habitants ne sont pas autorisés à cultiver le riz nécessaire à leur besoin (?), mais peuvent cultiver de petits potagers.  Une taxe d’entrée de 250 bahts fixée par les militaires thaïlandais est perçue à l’entrée puis répartie dans les différents villages. Sur les cahuttes, nous voyons des affichettes d’Handicap Internationnal pour la lutte contre les mines antipersonnelles. La frontière thaïe et birmane étant malheureusement elle aussi polluée par ces boules infernales.

 

 

La tribu Paduang que nous rencontrons est issue de l’ethnie des Karen Rouge. Il n’y a pas moins de 135 ethnies différentes en Birmanie (contre 30 à 35 ethnies en Thaïlande) dont les Karens qui se divisent en plusieurs communautés distinctes au niveau des coutumes, de l’habillement, du dialecte, etc. tels les Karens blancs et les Karens rouges. La plupart des Karens sont catholiques ayant été détournés de leur culture animiste et convertis par les chrétiens. Les femmes Paduangs que nous rencontrons dans la section 1 vivent du tourisme et de la vente de leur artisanat varié, coloré et typique. Les revenus provenant du tourisme sont apparemment partagés dans la communauté, mais nous n’en savons pas plus sur le fonctionnement de ce partage.

 

 

La tribu Paduang se distingue notamment par sa tradition du port d’anneaux que les femmes ont autour de leur cou et que l’on appelle communément « femmes girafes ». Nous avons essayé de comprendre le sens de cette tradition et surtout ce qu’elle signifie dans le quotidien de ces femmes. Voici un résumé des informations que nous avons recueillies.

La spirale de cuivre que les femmes portent autour de leur cou et de leurs jambes et chevilles symbolise la beauté et marque l’appartenance de la femme à sa famille. Elle est aussi significative du niveau social de la femme, symbole de richesse et de beauté.

 

 

Dès sa 5e année, la fillette se voit « habillée » d’une spirale de cuivre unique, façonnée autour de son cou pour former une suite d’anneaux. Son collier sera modifié au cours des années jusqu’à ses 20 ans où elle portera son collier définitif, réalisé sous la forme de deux spirales; une longue et étroite à la dimension de son cou puis une seconde plus large, recouvrant le bas de sa nuque et reposant sur ses épaules. Poids total du dit bijou : 5 à 6 kg ! De fait, les femmes ont de toutes petites épaules, enroulées et n’ont pas de poitrine, le poids du collier empêchant leur développement normal. Selon une certaine légende, non vérifiable, les spirales avaient pour but initial de protéger la femme et les jeunes filles des tigres (?).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les femmes portent aussi des spirales aux genoux ainsi qu’au niveau des genoux. Ce port additionnel de spirales semble résulter de deux raisons différentes ; d’une part, cela permet aux femmes de garder un certain équilibre en alourdissant la base de leur corps, leur tête étant devenue trop lourde et d’autre part, seules les femmes d’une certaine distinction sociale (?) au sein de l’ethnie seraient habilitées à les porter.

 

 

La majorité des jeunes filles de la tribu ne veulent plus porter les colliers, trop lourds et inconfortables.  Si certaines familles renoncent à leurs traditions en autorisant leurs filles à enlever leurs spirales, d’autres ne veulent rien entendre et les pauvres jeunes femmes sont enfermées dans leur « bijou-prison » malgré elles.

 

 

Nous croisons une femme qui porte de gros rondins de bois dans un panier tressé fixé sur son dos par une grande lanière passant sur son front. Elle ne peut pas se baisser pour ramasser les rondins et se sont les enfants qui l’aident à les charger.
Muri, jeune femme de 26 ans étudiant le birman, le thaï et le coréen dans le but de devenir interprète et ayant enlevé ses anneaux, nous en parle.

 

 

A l’âge de 5 ans elle a eu son premier anneau d’un poids d’un demi-kilo. Le nombre d’anneaux de la spirale dépend de la longueur initiale du cou, puis leur nombre augmente et la deuxième spirale est posée. Elle a porté ses deux spirales jusqu’à l’âge de 23 ans. Lorsqu’elle a eu la chance de pouvoir aller à l’école et de rencontrer d’autres filles issues d’autres cultures et ne portant pas de colliers elle a voulu être comme les autres, pouvoir agir comme les autres. Il faut savoir que les spirales empêchent nombre de gestes et de positions, provoquent de profondes blessures, d’importantes brûlures (le métal devenant parfois trop chaud au vu du climat) et que le port du collier est douloureux en soi. Les anneaux des genoux ainsi que des chevilles provoquent également des blessures au niveau de ces derniers.

 

 

Muri répond à toutes nos nombreuses questions avec le sourire et profite de nous questionner à son tour. Ainsi, nous apprenons que pour se laver, les femmes passent un tissu fin entre leur cou et les spirales puis tournent ces dernières pour en nettoyer toute la surface interne. Elles utilisent de très fines baguettes pour se gratter, et enfilent des bouts de papier journal qu’elles laissent dépasser sur la partie supérieure des spirales, sous leur menton, pour éviter les brûlures lors des grandes chaleurs. Lors de brûlures, elles ne peuvent se soigner correctement, car si elles pouvaient enlever les anneaux, cela leur coûterait beaucoup trop cher pour les remettre. En effet, seules 3 personnes sont habilitées à installer les spirales ; ce travail nécessite beaucoup de force, les anneaux étant façonnés directement sur le cou, ainsi que dextérité et précision, toute la beauté du collier résultant de la régularité du travail.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Comme elles ne peuvent pas enfiler de vêtements par la tête, tous leurs habits s’attachent dans le dos. Une grande quantité de gestes sont difficiles, voire impossibles, tels que le fait de baisser la tête – impossible —, de se soigner les pieds, ramasser un objet au sol, se pencher, mâcher est également douloureux du fait de l’appui de la mâchoire sur la spirale supérieure, tourner est impossible, si ce n’est en mobilisant tout le corps, lever les bras au-dessus de la tête, etc., etc.  Elle nous explique aussi que ses épaules sont toutes petites et qu’elle n’a pas de poitrine, sa cage thoracique ayant été comprimée durant toutes ces années par le collier. Lorsque Muri a décidé d’enlever ses colliers ses parents n’étaient pas d’accord avec elle. Elle a enlevé par 3 fois ses anneaux, remis de force, avant que ses parents ne cèdent à sa requête. Il était important qu’elle agisse avant que son cou ne s’atrophie trop et devienne trop vilain. Lorsqu’elle a enlevé ses colliers, son cou l’a fait souffrir durant plusieurs semaines, puis s’est renforcé et est maintenant indolore. Si elle le cache, c’est qu’il est très marqué. Muri est néanmoins très heureuse de se sentir libre. Selon elle, les familles qui continuent d’obliger leurs filles à porter les anneaux le font avant tout par souci de faire perdurer les traditions, soucieuses de garder leurs coutumes et non pas pour le tourisme.  Quant à Muri, elle nous affirme que pour elle rencontrer des touristes est important, que ce n’est pas une intrusion et qu’au contraire, elle est heureuse de pouvoir communiquer avec nous.

 

Une femme Paduang de 40 ans environ nous répond également et nous apprend qu’elle a porté ses anneaux dès l’âge de 5 ans. Le port des spirales est douloureux et surtout terriblement inconfortable nous dit-elle, mais elle ne voudrait surtout pas les enlever et préfère les garder toute sa vie durant. Si elle les enlevait, elle perdrait de sa stabilité et, dit-elle gênée portant les mains à son cou(ses anneaux), « ce serait terriblement laid », son cou étant devenu tout maigre, petit et brûlé. Depuis l’âge de 5 ans, elle porte également toujours la même coiffure (sorte de chignon) et en effet, de grandes lignes transversales de son cuir chevelu n’ont plus de cheveux. Nous remarquerons cela chez toutes les femmes.

 

 

Nous partageons aussi quelques paroles avec Muwsee 22 ans, qui a enlevé ses colliers depuis 3 ans et qui en a beaucoup souffert. Son cou est fortement marqué de toutes sortes de cicatrices et sa peau bien abimée est de couleur différente. Elle nous dit se sentir mieux depuis peu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Des Karens issus d’une autre culture (?) habitent aussi ce village et ne portent pas d’anneaux autours du cou, mais des anneaux d’argent dans les lobes de leurs oreilles. Les anneaux sont agrandis au fur et à mesure et au final les femmes ont des trous si grands qu’on pourrait y faire tenir une tasse à café. Une femme nous affirme que ce n’est ni douloureux, ni inconfortable en glissant son anneau hors du lobe et en nous le donnant à sous-peser, rigolant devant nos expressions déroutées. Ce n’est pas de la pacotille et son poids conséquent.Ces femmes portent également des anneaux aux genoux et aux chevilles.

 

Nous visitons encore l’école composée de 7 classes et regroupant des enfants de 5 à 14 ans. L’école est obligatoire.  Les professeurs sont rémunérés par les Nations Unies et enseignent le Birman, l’anglais, le thaï ainsi que le karen.  Après 14 ans les jeunes qui le souhaitent peuvent aller à l’école secondaire dans la deuxième section qui comprend également l’infirmerie,  le marché, l’école artisanale, etc. et qui compte plus de 20’000 habitants alors que la ville de Mae Hong Son en compte 10’000 environs.
Ce camp que nous avons visité est le plus touristique au monde, étant donné que ces derniers sont normalement interdits d’entrée.

 

 

Dans la section 1, l’eau est acheminée au camp au moyen d’un puit et d’une pompe et est également récoltée dans de grands pots en terre.

 

 

Les latrines sont constituées d’une bicoque en bois unique pour une utilisation commune, mais les gens préfèrent se soulager dans la nature. Il n’y a pas d’électricité dans les différentes sections et certaines d’entre elles fonctionnent grâce à des générateurs.

Nous avons été heureux de moments de partages et même si nous continuons de penser que visiter ces villages peut être ambigu, nous sommes persuadés que tout est dans la manière de le faire et du pourquoi de le faire ; si l’envie de comprendre, d’apprendre et de partager nos différences prédomine alors pourquoi pas ?

 

 

Nous pensons que cette coutume tendra à disparaître grâce à l’insertion des jeunes filles dans les écoles thaïlandaises ce qui est à nos yeux une très bonne chose. Peut-être qu’un jour les femmes Paduang troqueront leurs spirales pesantes pour de beaux foulards colorés…Une coutume ancestrale peut-elle évoluer, se transformer, allier croyances et modernité et ainsi contenter les anciens et les jeunes ?
Toutes ces questions, relatives au changement, aux coutumes et à la confrontation des cultures  nous intéressent vivement et nous nous les poserons encore souvent!

 

5 réponses à to “Tribu Paduang Thaïlande”

  • le brun christine:

    trés beau reportage !!!! déroutant pour nos esprits occidentaux ! bonne continuation !!

  • C’est vrai que c’est incroyable cette section réservée aux touristes, un peu choquant presque… Super article en tout cas, avec une réflexion intéressante sur nos cultures. Bon courage dans la suite de votre périple ! : )

  • DE QUOI ,JE ME PLAINS ????MERCI MILLE FOIS POUR CE DOCUMENT FORT INTERESSANT ACCOMPAGNE COMME TOUJOURS , MERCI POUR TOUT ET SI LES ENFANTS SE SOUVIENNENT DE LA MALOU DE GROS BISOUS ET BONNES SALUTETIONS

  • laurent:

    Olà,

    Une section reservée aux touristes, j’hallucine. Mais heureusement que vous êtes là pour apporter tout un tas de précision. Et juste un truc, vous n’avez pas à vous justifier de quoi que ce soit pour ce brillant (hé, hé) reportage.

    Bises à tous

  • faty:

    SAWADEE KRAP, SAWADEE KHA ,
    OHHH, les souvenirs de 1998 remonte subitement à la surface , et celà grace à vous !!!!!!!!!!!!!!!vos enfants plustard vous remercirons de ce que vous leur avaient donner de la culture , du bon sens aux belles chose , de l’ouverture au monde , aux couleurs ,aux valeurs , aux sentiments , aux partages et surtout allé vers l’autre et qui l’autre ouvrira sa porte sans crainte ,tendre sa main s’est allé loin ,très loin !!!!!!!
    mae hong son ,pai,maëlèna,nous y étions aussi et avons passé de très bon moment .
    Un très beau reportage , et des photos qui font du bien un grand merci bien mérité .
    BISE FATY & CO

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