Jordanie – 15/10/2010 -

Arrivée en Jordanie en fin de journée. Nous redoutions de rester coincés à la douane des heures durant et de devoir rouler de nuit trop longtemps. Heureusement, la douane moins compliquée nous permet de passer en 1h30, visas et duty free compris… À peine passé la frontière, nous avons le sentiment d’avoir quitté l’Afrique du Nord. Le bord des routes est quasi propre, les gens roulent normalement, les panneaux sont bilingues, bref nous sommes surpris et contents. C’est con non?

Nous arrivons à Jérash de nuit, mais pas par la porte principale.  Nous nous enfonçons dans une petite ruelle pentue, encombrée de véhicules et de monde. Les gens nous saluent de toute part, profitent de nos manœuvres, enfin des manœuvres habiles de mon as du volant, pour nous poser toujours les mêmes questions, auxquelles nous répondons toujours avec plaisir. Arrivés en bas de la ruelle, nous sommes aux minimum 50 fois, « welcome in Jordan. » Nous lirons par la suite que l’hospitalité jordanienne est proverbiale. Nous sommes orientés par des gens parlants l’anglais et c’est nettement plus simple. Nous arrivons finalement dans un parking en face de la police touristique, qui n’est autre que le parking privé du centre historique de Jérash, que nous prévoyions de visiter le lendemain. Parfait. L’accueil est digne du proverbe et nous passons deux heures à échanger quelques mots d’arabe, plusieurs d’anglais et à bien rigoler en compagnie du gardien et de ses acolytes. Ils nous parlent de leurs deux femmes, onze enfants, de leurs disputes de couple (incroyable non?), nous demandent si nous sommes mariés( ?), si Philippe me corrige parfois…autant dire que nous avons bien rigolé.  Les enfants en profitent pour gambader de gauche à droite et finalement nous ne mangerons qu’à 23h00 , à notre grande surprise. Le temps a filé bien vite. Nous ouvrons notre 4ème boîte de thon, mais et expédions vite fait cette pita-thon-mais-concombre-tomate, qui commence à nous sortir par les oreilles,  mais c’est pratique et les seules boîtes de secours que nous trouvions par ici. Nous envoyons rapidos les canailles au lit vu que nous aimerions bien aligner une heure d’école demain, avant la visite du site.


Le site de Jérash est très beau. Nous nous disons en rigolant, que si nous l’avions su avant nous aurions pu éviter les colonnes d’Apamée (que nous avons pourtant adoré), le site de je ne sais plus où et éviter la surdose de colonnes et de piliers aux enfants…Car les colonnes et les piliers et les cailloux, ils en ont par-dessus la tête. Nous nous faisons des crises de rire à…aux culottes avec le super audio-guide que Philou a cherché. Trop sophistiqué pour moi. Entre le dépliant papier avec les photos et no des monuments, la carte magnétique recto français, verso chinois, le crayon infra-rouge et les écouteurs, je me mélange les pinceaux. Je finis avec le stylo dans l’oreille me demandant pourquoi je n’entends rien, sous le regard surpris de la troupe. Ils se disent que là vraiment, je suis H.S. et nous nous payons un fou rire qui nous accompagnera tout au long de la visite.

Comme en histoire je ne suis pas très bien outillée et que Philou ne m’est d’aucune aide sur le sujet, je vous laisserai découvrir le temple de la déesse Artémis, le temple de Zeus, les églises, le théâtre nord et le théâtre sud, sur le net. Avant de partir, nous avons la chance de voir le spectacle donné dans l’immense hippodrome restauré, dont les combats des gladiateurs, les courses de chars, les parades de soldats romains. Le spectacle est de qualité et si bien fait que nous sursautons, lorsqu’au moment de la mise à mort d’un gladiateur, le « sang » gicle alors qu’il s’écroule. Tom y a presque cru…une seconde durant.


Il fait très chaud et nous quittons Jérash pour la mer Morte.
L’expérience de la Mer Morte est vraiment quelque chose à vivre une fois dans sa vie. Nous avançons dans l’eau ne sachant trop à quoi nous attendre, un peu sceptiques quant à cette légendaire flottaison. La première impression est d’être tout lisse, presque gluant et doux, la peau recouverte de cette couche salée. Puis la difficulté de nager et de garder les jambes sous l’eau nous étonne. Nous flottons, légers, sans aucun effort. Extraordinaire. Semi-couchés dans cette étendue calme et scintillante, enveloppés d’une chaude douceur avec à l’horizon, les montagnes israéliennes. Incroyable. Sensation d’étrangeté et jubilation se mêlent pour nous faire prendre conscience (une fois de plus) de la chance que nous avons de vivre ensemble, ces instants magiques. Si nous laissons la poésie de côté comme dirait quelqu’un (…), je peux dire que nous avons fait les andouilles durant plusieurs heures dans cette eau salée et chaude. Par contre, la sensation du sel dans la bouche est affreuse sans parler des gouttes dans les yeux. Les enfants en font la douloureuse expérience plus d’une fois. Sur les rivages, le sel forme comme des choux-fleurs blancs scintillants et splendides. Après ces quelques heures passées à flotter sans effort, nous allons sauter dans la piscine et…avons l’impression de couler. Incroyable, mais de courte durée. La terre ferme nous rappelle le poids de nos masses corporelles et nous allons nous doucher le pied moins léger.


Nous dormons sur le parking devant l’entrée de la plage. La nuit est chaude, sans un brin de vent.  Très mauvaise nuit dont nous sortons tous  fatigués, à cause de la chaleur, des mouches, des moustiques, des chiens, de l’appel à la prière et pour les grands, de l’heure matinale à laquelle nous nous sommes couchés, ayant partagé la soirée avec un couple de Français d’Annecy bien sympathiques, voyageant en 4×4.
Au matin, nous prenons la route longeant la mer Morte, direction le sud. Sur la quasi totalité du parcours, les rivages sont inaccessibles et bordés, dans les hauteurs, de barbelés. La zone est sécurisée et nous passons quelques check-points, sous le regard de militaires dûment armés. Tom observe tout ça de très près, ses soldats de plastique s’étant subitement métamorphosés.

Nous quittons la route littorale pour rejoindre Kérak et son château. La vue sur le plateau Jourdain est exceptionnelle et c’est ce que nous retiendrons le plus de cette visite, un peu saturés de sites historiques je crois. Nous avons envie de grands espaces naturels. Nous partons pour Pétra en empruntant la route du désert. Son nom est digne de la réalité désertique que nous traversons. Nous ne pourrions pas vivre sous ces latitudes. Trop de chaleur, trop de sable, trop de cailloux, trop de vides arides. Nous rêvons de sapins et du bruissement des feuilles d’automne….
Pétra…Les rochers se dressent vers le ciel, rouges, imposants,  pointant leurs cimes dans un ciel bleu moutonné de blanc…


Voir Pétra et …garder à jamais le sentiment d’avoir touché à quelque chose d’unique, d’une indiscible beauté, d’une force sereine et majestueuse.  Voir Pétra et se sentir si insignifiant, prendre conscience de l’éphémère de nos vies, des traces que nous ne laisserons pas. Voir Pétra et tout oublier pour n’être que dans le moment présent, subjugué par tant de beauté.
Nous longeons son siq, gigantesque et étroit défilé formé de roches rouges, veinées de blanc, de jaune et de noir et s’élevant à une centaine de mètres au-dessus de nous, sur plus d’un kilomètre avant d’atteindre le Khazneh marquant l’entrée de la grande nécropole de Pétra. Lorsque nous débouchons devant ce monument gigantesque (40 m de haut) à la roche rose et polie sculptée dans la masse, nous restons cois. Nous essayons d’imaginer les caravanes débouchant dans la cité Antique. Que devait penser le voyageur, qui, ayant traversé les déserts et ses étendues immaculées, débouchait devant ce monument gigantesque. Imaginer les Nabatéens troquant les épices et soies chatoyantes importées des Indes,  les ânes et les dromadaires chargés, le marché, le bruit d’une civilisation aujourd’hui éteinte. Nous nous laissons dériver par le flôt de notre imagination, dans le calme, vu l’heure tardive à laquelle nous sommes arrivés. Les enfants profitent d’une balade à dos de dromadaires pour explorer la ville basse dominée par une série de tombeaux majestueux. Nous grimpons jusqu’à l’entrée du tombeau d’Uneishu, précédé d’une cour et regardons le soleil disparaître au loin et teinter le ciel de ses couleurs pastels.  Devant nous, est allongé sur sa couverture un Bédouin qui lui aussi savoure cet instant. Nous échangeons quelques phrases et il nous apprend qu’il est né dans ces montagnes. Il nous parle de la montagne des sacrifices et autres lieux, nous raconte le relogement des Bédouins dans le village au-dessus, en 1984. En contrebas, nous apercevons une poignée de touristes récalcitrants, qui comme nous, savourent le calme de la cité redevenue silencieuse. Nous parcourons le siq en sens inverse, seuls. Ce qui est incroyable au vu de la foule qui déferle chaque jour sur le site. Très beau moment.
Le lendemain nous nous levons à 6 heures et partons, pic-nic compris, entreprendre l’ascension au Deir. Ce monastère dont l’ampleur se rapproche du Khazneh, offre une vue splendide sur la vallée de l’Araba, ses sommets et son panorama désertique à perte de vue. Le site se mérite. Les enfants savourent la montée des volées de marches à dos d’âne et nous fermons quelques fois les yeux en les voyant perchés sur leur monture. Après plus d’une demi-heure de marches escaladées, nous atteignons le Deir. L’endroit et le monument sont magnifiques. Nous sommes entourés de rochers vertigineux, rouges, nervés de blanc et jaune. Le sol ocre est déjà chaud. Devant nous, s’élève, sculpté dans la roche telle une élévation vers les cieux, ce monastère aux lignes pures, dont la sobriété exhausse sa grandeur. J’aimerais tant connaître mille mots susceptibles de pouvoir décrire la force et la sérénité qui se dégage de ce lieu. Ma foi, peut-être devriez-vous planifier vos prochaines vacances dans ce coin…


Vu l’heure matinale, nous ne sommes pas nombreux à apprécier le lieu et c’est tant mieux. Nous grimpons jusqu’au sommet en face et apprécions à perte de vue le panorama de la vallée de l’Araba. Le ciel est clair et limpide, rien ne trouble l’horizon. Nous nous arrêtons une bonne heure à boire le thé et goûter au café bédouin à la cardamome servis par Mustafa, un Bédouin bien sympathique. Il serait bien agréable de passer une nuit ici, sous la tente ouverte, allongés sur les tapis épais…
Nous nous offrons une deuxième montée bien rude, qui nous amènera au-dessus du site du Khazneh une bonne centaine de mètres en contrebas. Léna et Tom apprécient une nouvelle balade en âne (les fainéants) et nous, nous suons à nouveau sous un soleil brûlant. Pour le retour, les enfants profiteront des chevaux et seront arrivés bien avant nous.
La fin d’après-midi approche et nous nous préparons à partir pour le Wadi Rum lorsque Philippe découvre notre pneu bien dégonflé. Nous le gonflons et verrons bien plus tard s’il est crevé ou non.
Les enfants cuits à point s’endorment. Ils rêvent de mer et nous aussi en fait. Du coup, nous troquons le désert contre un aquarium naturel et leur en faisons la surprise. En plus, nous avons droit au camping et piscine. Top la classe. Nous nous offrons un petit plongeon à l’arrivée et mettons les pieds sous la table du resto. Parfait.
Le lendemain nous embarquons notre bateau gonflable, nos palmes, masques et tubas pour aller snoorkler en mer Rouge. Nous ne sommes pas déçus. La plage est belle et la mer turquoise nous offre un bel éventail de poissons, oursins, anémones et quelques jolies vues sous-marines. Philou ne peut s’empêcher de vouloir faire des photos et le voilà sur notre bateau tiré par Léna avec son appareil et son équipement «waterproof» improvisé. Gonflé! Les coraux sont bien abîmés et beaucoup sont déjà morts.


Il y a sur la plage de nombreux couples jordaniens. Les femmes voilées de la tête aux pieds ne savent, pour la plus part d’entre-elles, pas nager. Elles restent soit proches du bord où il n’y a rien à voir, ou ont de belles bouées rondes auxquelles elles s’accrochent en riant. Une jeune femme regarde Léna et Tom partir et me demande (par signes) s’ils savent nager. Elle me montre qu’elle, ne sait pas. Toujours par signes, je lui propose de l’aider et nous voilà, elle voilée et moi en bikini, en train d’essayer d’apprendre les rudiments de la brasse. Elle finit par flotter plus ou moins, mais n’ose pas s’aventurer jusqu’aux endroits plus profonds, là où nagent les poissons colorés. Je lui montre pourtant que j’ai toujours mon fond, mais la vision du rivage trop lointain lui fait peur. J’en suis toute désolée pour elle. Son mari est parti, en petit short, nager et elle, patauge dans ses pantalons, chemises, robes et voiles sur le bord. Lorsqu’elle sort de l’eau, elle va s’asseoir à l’ombre d’un parasol et secoue ses couches de tissus qui ne sècheront pas.  Vers le soir, je l’aperçois avec son mari devant un petit feu toute recroquevillée, et j’en déduis qu’elle doit commencer à avoir un peu froid. Le vent s’est levé et j’imagine à quel point cela doit être désagréable d’être affublée de toutes ces couches de vêtements mouillés et salés, d’avoir la peau irritée par le sel…J’ai vraiment de la peine à accepter cet état de fait. Cette image me poursuivra longtemps, comme une injustice. Mais elle, qu’en pense-t-elle ? J’aimerais bien le savoir.
Le lendemain, notre départ est retardé par ce fichu pneu totalement plat. Malheureusement, ce n’est pas le pneu qui est crevé, mais la jante qui est fissurée. Nous nous faisons mettre un boyau dans le pneu et essayerons de trouver une nouvelle jante à Damas, vu qu’ici il n’y a apparemment pas ce format.
Akaba et le Wadi Rum ne sont pas si éloignés et nous arrivons à temps pour apprécier le couché de soleil sur les montagnes de ce désert particulier. Le soir, notre pompe à eau nous lâche subitement, après avoir pu faire à manger et la vaisselle. M…..
Le Wadi Rum est un désert fait de terre ocre sablonneuse et de falaises rouges abruptes et burinées par le vent. Sur les parois se succèdent des corniches, des stries et des draperies dignes de nos belles grottes de Vallorbe. Ces montagnes semblent avoir poussé hors de terre tels d’énormes blocs indépendants les uns des autres et façonnent le paysage de façon quasi surréaliste.  Nous parcourons le désert quelques heures durant sur la terrasse arrière du 4×4 de Awad Aid Azabe, notre guide bédouin. Nous nous offrons quelques belles courses à pieds nus dans les rares dunes rouges qui surgissent ça et là dans ce décor de roches. Nous suivons les traces de T.T. Lauwrence d’Arabie et nous promettons de revisionner le film avec les enfants dès que possible.

Sur les routes il nous est parfois difficile de distinguer les panneaux routiers tant il y a d’affiches collées de partout pour les futurs élections municipales ou régionales (?). Les méthodes utilisées pour la promotion d’un candidat lors de la campagne électorale sont surprenantes. Imaginez la tête de Ségolène pendue au bout d’un fils au-dessus des feux rouges ou un Couchepin en 3 dimensions, son visage collé sur les 4 faces d’un carton suspendu aux fils électriques tout au long de la route et encore un Sarko placcardé sur un panneau Stop, même si celà ferait plaisir à beaucoup de monde…(Quiz pour nos amis: l’homme à la moustache vous fait-il penser à quelqu’un…Indice: un ami précieux ;O)


Il nous faut remonter en direction de la Syrie afin de passer la douane dans les temps. Nous voulons quand même nous faire la route des Rois et son Wadi Al Mujib qui nous vaudra quelques sueurs et certainement une usure prématurée de nos plaquettes de frein. Avant d’entreprendre cette descente infernale, de nuit, nous rencontrons dans un cul-de-sac à Mukawir, surplombant la mer Morte, 4 Norvégiennes se faisant un thé bédouin, assises sur des tapis devant leur 4×4. Elles nous invitent et nous apprenons qu’une d’entre elles est venue s’installer dans le village bédouin de Pétra depuis 3 mois. Elle va se marier d’ici une année, le temps de trouver sa route dans les méandres administratifs. Elle nous raconte la difficulté à se faire admettre dans le cercle et les jalousies des hommes vis-à-vis de son indépendance. Nous parlons des femmes voilées et des différents termes liés à leur habillement, du tchador,  de la burka et de la simple robe dont j’ai bien évidemment oublié le nom. Nous parlons de la position des femmes dans cette société bédouine et du leur regard sur nous, occidentales. Nous sommes jugées, car nous ne sommes pas voilées alors qu’elles sont, sous leur carapace de tissus, vêtues de jeans moulants et de décolletés plongeants, souvent surmaquillées. Nous parlons aussi de ce qui nous a toujours étonné dans les souks, à savoir, les étalages de dessous-chics qui laisseraient Gainsbourg tout coi. Et dire que seuls les hommes travaillent dans les souks…nous avons quand même quelque difficultés à imaginer ces femmes toute voilée demandant au vendeur de voir le déshabillé en dentelles ou le string rose à froufrous.

Toutes de noire vêtues en façade, mais aguicheuses et sexies en dessous.

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Déjà qu’avec Léna nous nous amusions à observer leurs chaussures et bas de pantalons pour imaginer le style caché, là c’est sûr, nous allons laisser courir notre imagination.
Bref, à part cette rencontre sympathique, la route des Rois en une journée n’était pas un bon plan et nous finirons par dormir sur le bord de la route, crevés et un peu démoralisés par cette pompe de m., notre roue de secours bancale et peut-être sûrement, par la fatigue du voyage accumulée. Nous rêvons tous les 4 d’un endroit calme, frais, d’un bon gratin, d’un film, d’un bain, de vaches, d’un énorme lit, d’espace, d’intimité…juste le temps d’une petite journée.
Le lendemain, nous entrons à nouveau en Syrie.