I R A N – 3/11/2010 -

Arrivée en Iran très agréable et simple, par la petite douane de Serou. Apparemment, nous sommes supposés en tant que touristes passer la douane de Bazargan, mais vu le froid, la neige et la route montagneuse, nous avons tenté notre chance un peu plus au sud . Le système informatique en panne, tout le monde doit attendre pour pouvoir passer. Un douanier nous prend nos passeports et nous explique que nous sommes « very importants for him  and you are my guest », il recopie toutes nos coordonnées sur papier et moins de 40 minutes plus tard, sans fouille et sans frais, nous arrivons en Iran, par la province d’Azerbaïdjan, qui est une région turcophone. Les gens apprennent le Turc et le Perse  en langues principales ainsi que l’arabe et l’anglais à l’école. L’Iran est un pays moderne qui ne fait pas partie des pays arabes, contrairement à l’amalgame que nous faisons souvent , à cause de son gouvernement islamiste. L’ambiance y est tout à fait différente. C’est un doux mélange entre vies occidentales et orientales. La jeunesse iranienne très curieuse nous aborde à chaque coin de rue. Tous veulent nous poser des questions, parfois uniquement en Turc (à Tabriz) ou en Perse et on peut alors lire la déception dans leur regard devant notre incompréhension. Pour anecdote, Philippe se fait interpellé un soir en rentrant au c.c par un jeune étudiant qui lui demande s’il veut bien marcher un moment avec lui pour parler (marcher est le seul moyen d’éviter que d’autres personnes se joignent à la discussion). Il demande à Philippe pourquoi nous sommes venus en Iran, et surtout si nous n’avons pas peur de voyager dans les autres pays. Voyager hors de l’Iran est dangereux, dit’-il. Et dire qu’en France et chez nous, beaucoup de monde pense l’inverse. Arrivé à la fin de son tour de parc, Philippe prend congé et au moment de partir un autre étudiant lui dit que maintenant c’est à lui. Trois petits tours et puis…dodo.


Ici, le monsieur Tout-le-Monde- touriste-voyageur se transforme en une personne-extraordinairement intéressante et est sollicitée de toute part,  mais toujours avec pudeur et respect. C’est vraiment la destination idéale pour toutes personnes souffrant de non-reconnaissance et de solitude…
Nous découvrirons des Iraniens très soucieux de connaître nos impressions sur leur pays et extrêmement heureux lorsque nous leur dirons être enchantés. Ils nous expliqueront l’importance pour eux d’entendre quelque chose de positif venant d’une personne étrangère, bien conscients de l’image extérieure de leur pays, de l’amalgame fait entre leur gouvernement islamiste répressif, les terroristes et l’Iran en général. Certaines personnes nous demandent ouvertement de faire circuler l’information comme quoi l’Iran est un beau et agréable pays, dont la population ne correspond absolument pas aux images véhiculées par les médias. Ne pas mélanger l’ensemble du cocktail et la cerise confite gâtée (cf. photos du jour « Cocktail d’Iran ») qui trône fièrement au sommet pour, soi-disant, lui donner du prestige… À méditer.
Nous réalisons que la liberté d’expression et d’action est bien muselée (…) Le parchemin ne quittera pas sa fourre plastifiée, nous ne chercherons pas à rencontrer d‘enfants, ne parlerons que du bon goût du cocktail prenant soin de notre santé et de celle de nos connaissances… Il ne vous reste qu’à imaginer une pile de feuilles noircies d’encre, rangées bien au chaud dans un placard enfoui.
Nous arrivons à Tabriz, grande capitale de la région de l’Azerbaïdjan iranien, ville de plus d’un million d’habitants et y resterons durant 4jours et 4 nuits profitants de visiter le village de Kandovan à une heure de route, petit village troglodyte, mini Cappadoce iranienne.


À Tabriz, nous sommes invités par Hossein dans sa famille et passons notre première nuit hors du camping-car. Nous découvrons un autre style de vie, une maison sans mobilier qui nous rappelle les tentes bédouines, au sol couvert de tapis persans sur lesquels nous nous asseyons, prenons notre repas puis dormirons, le soir venu après avoir traversé la ville dans la voiture d’Hossein qui conduira, sa fille endormie sur les genoux, pour aller chercher nos pyjamas. Le soir, sa mère et divers membres de sa famille viennent nous rendre visite. La mère d’Hossein me fait répéter des phrases en Turc et c’est le fou rire général. Plus les autres rient plus elle en ajoute. Hossein sort sa Saz et joue pour nous pendant que la petite Fatame (2 ans) danse. Hossein propose à Philippe de l’accompagner à la chasse le lendemain, mais à la suite d’un coup de téléphone la chasse est annulée. Il devra à nouveau conduire sa femme à l’hôpital. Nous espérons qu’il n’y a rien de grave. Léna passe la soirée à échanger cours de français et écriture farsi avec Zainab. Hossein à 40 ans et Pari, sa femme, 36. Leurs pères respectifs sont cousins et lorsqu’ils se sont mariés sa femme n’avait que 15 ans. Susan leur plus grande fille à 20 ans, sa sœur Zainab       18 et Fatame 2. Sentant notre fatigue, les matelas se déroulent et nous prenons nos quartiers dans la salle de séjour alors que les 3 filles, la mère, Hossein et sa femme s’entassent tous dans la petite chambre à coucher. Nous avons l’impression de prendre beaucoup de place… Le matin nous nous réveillons tôt et prenons tous ensemble le déjeuner. Nous déroulons la nappe sur le sol qui se pare de pains chauds (iraniens) de miel, de noix, de fromage et de thé. Puis, Hossein nous raccompagne jusqu’à notre c.c avec sa femme, sur le chemin de l’hôpital. Merci à toute la famille pour ce très beau moment passé ensemble.
Nous rencontrons Nasser, un agent touristique qui nous assiste dans l’achat de nos cartes à gazoil et l’acquisition de notre assurance pour le véhicule. Il nous conseille généreusement et nous le quittons avec de bonnes clefs en main pour continuer ce périple iranien.
La route jusqu’à Kandovan franchit de doux monts au tapis brunâtres et dorés et s’enfile dans ce décor vallonné jusqu’au village troglodyte. Le calme absolu. Personne en vue.
Le village de Kandovan est enclavé dans la montagne. Les maisons troglodytes sont enchevêtrées les unes sur les autres. Dans les ruelles en terre, les poules, les ânes et les moutons sont rois. Les bergers passent avec leurs troupeaux. Nous buvons le tchay semi-couché sur les grands strapontins de bois recouverts de tapis et gros coussins et apprécions les derniers rayons de soleil. Le froid s’installe et nous reprenons la route.


Retour sur Tabriz et arrivée pour la fin du match de foot. Le stade se vide au loin et sur l’autoroute de contournement il y a foule. Nous roulons au pas au milieu des gens qui brandissent leurs écharpes et banderoles en nous saluant au passage. On aurait pu penser être l’équipe de France en 98. Sacré micmac dé-routant…
Après quelques tours de carrousels au parc d’attraction du parc Elgoli ou nous dormons,  une bonne nuit de sommeil et un petit déjeuner entre coupés de visites, nous partons avec Mohamat qui nous avait abordés à Kandovan et invité dès notre retour sur Tabriz, Sami sa femme et un couple d’amis. Nous allons boire un thé chez eux puis ils nous invitent à manger notre premier, mais non dernier dizi, spécialité iranienne que nous allons adorer. Nous passons un moment très instructif et nous approfondissons nos connaissances sur le cocktail et sur la composition de la cerise confite toujours très amère…
Nous quittons Tabriz dans la nuit pour nous rendre dans la province de Zanjan, dans la ville du même nom.
À Zanjan nous cherchons du propane que nous ne trouvons toujours pas et visitons un peu la ville, son beau bazar et sa mosquée. Zanjan est la vile des couteaux. Très beaux couteaux aux manches de bois dont nous ferons quelques belles acquisitions. Il faut dire qu’en Iran nous cherchons toujours notre couteau. Que ce soit chez les gens ou au restaurant, nous mangeons avec une fourchette et cuillère à soupe.
Nous continuons quelque 40 kilomètres plus loin pour aller visiter le mausolée Oljeitu, à Soltaniyeh, répertorié au patrimoine de l’UNESCO. Le bâtiment superbe est en réfection, mais cela n’enlève en rien de sa prestance, toute en sobriété. Son dôme de 25 mètres de diamètre et de 48 mètres est le plus haut dôme en du monde. Dans le parc, une chaîne iranienne réalise une émission et une dizaine de femmes en costumes colorés sont assises sur un mur et cousent. Philou mitraille et refuse gentiment une invitation à dîner en compagnie de toute la troupe, car nous devons continuer notre route. Nous rebroussons chemin pour trouver la route des montagnes qui nous mènera vers la mer Caspienne. La route est étroite et dangereuse, ça grimpe carrément et les reliefs sont époustouflants. Comme d’hab, il y en a un qui transpire et l’autre qui se délecte du panorama. Je vous laisse deviner qui est qui, sachant que les enfants eux, passent leur temps à jouer aux playmobiles et aux poupées Lina (poupées turques de Cappadoce) tout en regardant par la fenêtre. Les playmobiles voyagent aussi : ils sont devenus musulmans, vont à la mosquée, les filles portent le voile, les chevaliers ont troqué leurs armures et leurs chevaux pour des djellabas en papier et des sortes de mulets surchargés,  leurs maisons sont minuscules et il y a même une Brigitte Bardot pour recueillir les chats et chiens errants. Playmobiles, en avant les histoires…


Nous dormons à Rudbar de l’autre côté des montagnes, plus proche de la mer Caspienne qui, s’il n’y avait qu’elle, ne vaudrait pas le détour. Heureusement, les provinces du Gilian et du Mâzanderân le valent bien elles. Rudbar est la capitale de l’olive. Les magasins en bord de route sont remplis jusqu’au plafond d’huiles diverses et de préparations à base d’olives et de purée de grenade. Les étalages sont colorés et soignés. L’effet est tout à fait surprenant surtout avec l’éclairage nocturne qui rehausse le tout. Allez, nous dormons sous le regard de l’ayatollah Khomeini et de Ali Khamenei.
Le lendemain nous décidons de faire un petit crochet par Masuleh avant d’aller voir la mer. Les paysages changent et nous avons l’impression d’avoir été téléportés en Asie du sud-est. La route zigzague entre la végétation luxuriante , couleur chlorophylle et les zones marécageuses. Les reliefs verts et boisés de toutes tailles juxtaposés les uns devant les autres donnent au paysage une allure de décors de théâtre en ombres chinoises. Nous prenons de l’altitude jusqu’à atteindre le village qui se trouve perché à plus de 1000 mètres d’altitude. Les maisons en bois, pierre et adobe forment un enchevêtrement à flanc de montagne et nous parcourons les ruelles qui grimpent d’un bon pas, pour nous réchauffer. Tout le village est construit en étage et l’on se retrouve sur la terrasse d’un « café » avec sous nos pieds, le bazar que nous apercevons par les grands espaces vides laissés dans le sol. C’est incroyable, comme si vous aviez au milieu du sol de votre salon des espaces vides suffisamment grand pour voir les casseroles et le décor du voisin du dessous. Nous nous arrêtons chez le boulanger pour l’observer travailler. Son pétrin est gigantesque et son four, une sorte de grande cheminée dans laquelle il vient plaquer sur les parois brûlantes la galette de pain qu’il a formée au préalable. Il en colle ainsi plusieurs, à mains nues, et les défourne avec sa palette en bois. Nous, nous avons de la difficulté à supporter la chaleur qui se dégage du four lorsque nous passons au-dessus de son ouverture. Il ne doit plus lui rester de poils aux doigts.


Certaines cimes opposées ont déjà revêtu leurs parures d’hiver, nous achetons de belles chaussettes en laine colorées et regagnons notre c.c histoire de perdre un peu d’altitude.
Nous roulons de nuit jusqu’à Rasht, capitale provinciale du Gilian et peinons à trouver un endroit pour dormir en bord de mer. Finalement, nous nous arrêtons sur le parking d’un motel, au bord de la plage. Plage grisaille et pas très propre. Toute la côte caspienne est quasi inaccessible pour le touriste que nous sommes. Difficile de trouver des endroits pour se parquer en bord de mer et même de l’atteindre. Les maisons, motels et domaines aux entrées gardées forment une véritable barrière de front de mer. Mais ça, nous nous en apercevrons après avoir parcouru une bonne moitié de la côte. À Kiyashahr, nous arrivons devant un long ponton gardé qui mène à la plage, à travers des roseaux gigantesques. Philou discute avec le gardien pendant que je prépare le pique-nique et nous accédons à la plage, sans payer. Après notre petit encas capsien, nous repartons en direction de Lahijan où nous sommes attendus dans la famille de Bâbak, frère de Medhi, ami de Philou. En partant, nous remercions encore le gardien en lui faisant le signe ok, pouce levé, tout contents. Ce signe nous le ferons au moins une dizaine de fois jusqu’à Lahijan, pour répondre aux saluts des autres voitures qui nous dépassent, nous collent ou s’ajustent à nos côtés histoire de nous faire un brin de conversation tout ça à 60 kil/h sur la route à deux voies. On s’marre bien sur les routes iraniennes !. Ce ne sera qu’une fois arrivé et lors d’une discussion, que nous apprendrons par Matin, la femme de Bâbac que ce signe est ni plus ni moins l’équivalent de notre doigt d’honneur… Oups. Nous serons tout confus et eux, morts de rire. Nous imaginer brandissant un doigt d’honneur tous azimuts avec de grands sourires les fera vraiment bien rigoler.
La route pour Lahijan nous offre encore un changement de décor. L’on se croirait en région subtropicale. Les maisons sont espacées le long des routes, chacune avec son jardin entouré de barrières en tôle ondulée de toutes les couleurs, les toits sont recouverts de tôle ondulée également souvent rouillée. Les poules, les oies, les canards picorent le long des routes devant les habitations, la végétation est luxuriante et variée. Aux palmiers se succèdent les roseaux gigantesques, les fougères chlorophylles et une grande variété d’arbres et de plantes. La région est très marécageuse et les cultures de riz et de thé sont nombreuses. La température est clémente, mais il règne une certaine humidité qui parfait cette impression d’être sous les tropiques.

Philou joue les gentlemans et s’arrête pour laisser passer les femmes au passage piéton. Elles se demandent si elles doivent passer où non et s’avancent précautionneusement, attendant d’être de l’autre côté de la chaussée pour pouffer dans leurs foulards. Faut dire qu’ici personnes ne s’arrête. Les Iraniens sont des fandjo du volant. Comme nous disait Nasser, il se prennent tous pour Michael Schumacher. « Comment un peuple peut-être aussi gentil et aussi con au volant.  Comme quoi la voiture rend con » dixit Philou. Heureusement nous , nous roulons en camping-car, c’est différent non ? …
bref, nous sommes accueillis par Bâbak et Matin comme des rois. Le courant passe très vite entre nous et leur fils Aral qui fera le bonheur de Tom et Léna, entre ses légos, voitures et …la Wi. Nous quittons pour la deuxième fois notre « home sweet home » et allons squatter l’appartement de Bâbak et Matin. Nous dégusterons mille bonnes choses, sans rien faire d’autre que de mettre les pieds sous la table. Nous faisons le plein de butane grâce à Bâbak, répondons à nos mails, faisons de la lessive, visitons la ville, les cultures de thé, la montagne, allons manger chez les parents puis au resto invité par le frère, allons à une soirée party dans la famille de Matin…bref tant de belles choses à raconter. Lors de notre repas chez les parents de Bâbak, nous avons dû goûter à au moins 3 sortes de riz différents, 3 plats de viande succulents aux saveurs variées, spécialités de légumes et desserts. Quant à son frère, il nous a invités à les rejoindre à environ 1h de Lahijan, dans un petit village proche de la mer, capitale du poisson grillé et de brochettes de poisson à la chair extra fine. Nous arrivons en retard, car nous étions partis visiter la montagne à deux heures de route de Lahijan, et lorsque nous arrivons tout le monde est déjà servi et a bien entamé son assiette. Nous sommes servis à la seconde, mangeons et à peine avons-nous terminé notre repas que tout le monde se lève et se dit au revoir. C’est assez surprenant. Ce n’est pas comme les dîners qui s’éternisent chez nous.
Lors de la soirée dans la famille de Matin, nous découvrons une vie festive et rencontrons une jeunesse iranienne branchée et moderne. Là aussi, nous dégustons encore d’autres plats jusque-là inconnus et n’arrivons même pas à goûter à tout. Quelle profusion de plats.
La ville de Lahijan est célèbre pour sa production de thé. Malheureusement depuis un certain nombre d’années l’importation de thé de Chine fait de l’ombre à la production et la rentabilité des cultures de thé de la région. Bâbak qui sera notre guide durant les 4 jours que nous passerons chez eux veut tout nous faire voir. On sent chez lui une gentillesse infinie et une envie de nous faire partager tous les aspects de son pays. Il nous emmène voir le petit mausolée du Sheikh Zâhed datant de 1419 au toit pyramidal décoré de tuiles turquoise et jaunes. Construction très originale. Puis nous nous rendons dans les plantations de thé que nous découvrons pour la première fois ainsi que les parties récoltées pour nos fameux breuvages. Intéressants. A Lahijan nous aurons même pris les télécabines made in Switzerland pour monter au sommet de la montagnette qui surplombe la ville.


L’accueil a été royal et nous nous quittons 4 jours plus tard avec le sentiment réciproque de nous connaître depuis des années. Séquence émotion. Les enfants peinent à réintégrer notre mobile hope et resteraient bien encore quelques jours.
Durant ce séjour nous avons appris beaucoup de choses dont voici le résumé de certaines d’entre elles.
En Iran, l’école n’est pas mixte. Les filles et les garçons ne se fréquenteront durant les cours qu’à partir de l’université. Les jeunes filles dès 10 ans sont voilées ainsi que les femmes, mais le port du voile est, en grande majorité, plus une formalité obligatoire qu’une conviction religieuse. Il tend à ressembler à un accessoire de mode et les femmes s’appliquent à l’ajuster le plus en arrière possible sur de belles coiffures en chignon. Dès la porte passée, le manteau ou la robe 3/4 revêtu sur l’ensemble de l’habillement ainsi que le voile, tombent. Le dessous est généralement très révélateur et coquet. La femme iranienne moderne est obligée d’avoir deux visages ; celui de sa personnalité propre et celui qu’on lui dicte d’avoir… Les feuilles noircies, rangées dans mon placard enfoui auraient bien des choses à dire…
La famille est sans aucun doute le moteur de la vie iranienne. Elle prend ici tout son sens. La famille élargie est très présente et les appels téléphoniques, les visites régulières et les repas familiaux sont presque monnaie quotidienne. Le deuxième moteur iranien est sans aucun doute possible, la nourriture. C’est incroyable. Ici on mange du matin au soir. Toutes les occasions sont prétextes, si ce n’est à partager un bon repas, à grignoter. Fruits et concombres sont proposés à toutes heures du jour et de la nuit, souvent même en attendant de passer à table. Les corbeilles de fruits sont toujours magnifiques. Gâteaux, dattes coupées en petits cubes, raisins secs, pistaches, noix, sont présentés avec la tasse de thé proposée à toute heure de la journée.
La cuisine iranienne est des plus raffinée et variée et nous goûterons en quelques jours seulement, un nombre carrément incensé de spécialités. Un vrai régal. Le dizi, une sorte de ragout de mouton mijoté, aux pois chiches, pommes de terre et tomates qui se mange en deux étapes, nous a ravis. On déguste d’abord le jus du ragout que l’on verse dans un bol et dans lequel on fait tremper de petits morceaux de galette. Ensuite on pilonne le reste des aliments directement dans les petites « marmites » en terre cuite et on mange. Le tout s’accompagne d’une sorte de yaourth liquide au lait de chèvre et de différentes herbes que l’on pique dans un grand saladier (menthe, oignons et oignons nouveaux, sarriette, persil et feuilles de coriandre…) Les saveurs sont délicieuses. Voilà juste un petit aperçu de toutes les saveurs que nous découvrons avec plaisir et toujours en bonne compagnie.
Si les mariages sont souvent gigantesques et onéreux, les décès le sont plus encore. Lors d’un décès, la famille ou l’ami ou le voisin dépose soit sur le mur de sa maison soit dans son commerce soit même à l’entrée de la mosquée un tissu noir avec un message. Les funérailles sont décomposées en 4 cérémonies, l’une à 3 jours du décès, puis 7 puis 40 et après une années. Lors de ces cérémonies, la famille du défunt doit sustenter tous les visiteurs dont le nombre se compte en plusieurs centaines. Durant les 3 premiers jours, la famille, les amis et voisins défilent dans la maison du défunt durant toute la journée et jusqu’à tard dans la nuit, mangent, boivent, discutent. Le coût de ces cérémonies est énorme et vu la grandeur des familles ont peu aisément imaginer les dépenses que cela nécessite.


La baignade iranienne varie selon les saisons et les régions. Au bord de la mer Caspienne, et seulement durant la saison estivale, les plages sont séparées par endroits, pour les hommes et les femmes. De grands tissus sont suspendus le long de la plage jusque dans la mer pour que les femmes puissent se baigner en maillots. Trop gentil non ? En dehors de ces zones aménagées en période estivale il est de rigueur de se baigner voilée de la tête aux pieds.
Et plein d’autres choses intéressantes …
Après Lahijan, nous longeons encore la côte caspienne qui décidément n’a rien de balnéaire et nous empruntons la longue route sinueuse et suicidaire de Cajus à Karaj, dans la province de Téhéran. Plusieurs heures de conduite harassante après, nous arrivons chez Rehane et Medhi venu de Suisse pour nous accueillir, nous apporter notre nouvelle pompe qui est défectueuse, mais ça, nous ne le découvrirons qu’après maints essais et recherche de pannes différentes. Très mauvaise pub pour Balzac chez qui nous avons acheté notre mobile hope et qui nous fourni une pompe inversée. Bref, nous nous consolons avec toutes les bonnes choses apportées par Medhi ; jambon, chocolats, cœur de France, fondue, mais pas de vin blanc que Philou transformera en crôutes au fromage succulentes. Nous resterons 3 jours ici et quittons à nouveau notre mobile hope pour un bel appartement, cosi et confortable. Léna en profitera pour faire deux leçons d’équitation en compagnie de Rehane, dans un très joli manège abritant quelque 62 chevaux magnifiques. Contrairement à chez nous, il n’y a ici que des hommes qui montent. Seules Léna et Rehane représentent la gent féminine…
Nous allons visiter les palais du dernier Shah d’Iran,  Mohammad Reza Pahlavi et ses magnifiques jardins à Téhéran, qui suffoque sous le flot hallucinant et ininterrompu de voitures. Nous mettrons 3 heures pour effectuer les 30 kilomètres qui séparent la capitale de Karaj. Trois heures durant lesquelles nous nous amuserons et parfois nous affolerons de la conduite anarchique et inconsciente des Iraniens.
Nous repartons de Karaj en direction du sud avec notre jante soudée, les analyses sanguines de Philou en poche, notre lessive et nos draps tout propres, le plein de produits de terroir suisse et de bien agréables moments de partage avec Rehane et Medhi. En chemin, nous nous arrêtons au mausolée de Khomeinhi et dormons sur le parking où Philou passera beaucoup de temps à discuter avec les Afghans exilés en Iran pour échapper à la guerre. Ils ne sont pas très bien acceptés par les iraniens et il leur est très difficile de pouvoir continuer des études ou de trouver un métier correspondant à leurs niveaux d’études. Leur avenir est précaire et d’un espoir effilé.
En Iran, il y a deux choses qui sautent aux yeux du voyageur : les longues queues devant les stations d’essence et de gaz, parfois sur plus d’un kilomètre et les tentes posées un peu partout autour des parcs, sur les trottoirs, autours de certains mausolées, le long des routes de montagnes au moindre coin d’herbe ; les tapis sur le sol et les piques-niques dignes d’un bon repas chaud au restaurant. Les Iraniens sont super organisés pour la vie en plein air et dès qu’arrive le vendredi il y a foule dans les endroits verts et touristiques. Ils dorment souvent sur place et il y a régulièrement le long des parcs et des espaces verts, de longs lavabos pour faire la vaisselle, se servir en eau, etc. Très pratique. Depuis notre départ, l’Iran est le pays où nous bivouaquons le mieux après la côte turque et ces quelques campings de qualité. Pour un pays n’ayant pas de campings à proprement parler, l’infrastructure touristique est excellente. Manqueraient juste quelques indications routières pour accéder aux endroits facilement. Les guides de voyages devraient aussi penser aux voyageurs et pas seulement aux touristes-avion-hôtel.


Nous arrivons dans la province d’Ispahan et visitons d’abord la jolie ville de Kashan, ses belles maisons anciennes qui nous font rêver et échafauder mille décors d’un gite futur aux allures orientales. Les demeures étaient construites de façon à avoir une aile sud et une aile nord afin de pouvoir vivre dans l’une ou l’autre en fonction de la saison. L’habitation était encore une fois reproduite au sous-sol pour pouvoir bénéficier d’une réelle fraicheur durant les deux mois caniculaires de l’été. De grandes cours intérieurs et des patios agrémentaient encore ces spacieuses maisons luxueuses et étaient dessinées à l’image des cours iraniennes représentant le pardis pour les musulmans soit le paradis pour nous. Ces cours comportent un grand bassin central rectangulaire, bordé d’arbres et de fleurs et orné d’une fontaine ou d’un jet d’eau dans lequel nagent des poissons rouges. Sérénité et douceur dans l’aridité tranchante des portes du désert.
Nous quittons Kashan en début d’après-midi, après avoir visité son parc grandiose. Nous grimpons jusqu’à Abyaneh petit village montagnard perché à 1850 m,  construit entièrement en brique et en pisé, et façant le sud pour profiter des rayons de soleil durant les mois glacés de l’hiver. Tout le village est de couleur ocre, les maisons imbriquées sont séparées par de petites ruelles étroites en terre et d’étroits passages aux escaliers escarpés. Sur le flanc opposé se dresse l’ancien fort d’Abyaneh et une multitude de petites caves sont creusées dans les collines et servent à ranger du matériel et du foin pour les bêtes. Nous dormons sur place et profitons de la belle journée automnale du lendemain pour escalader les monts opposés, admirer le village et les montagnes qui le surplombent. Nous faisons une halte à l’hôtel Viuna pour déguster un magnifique dizzi assis sur les  « tables » recouvertes de tapis et gros coussins. Un endroit qui mériterait d’apparaître dans un guide de voyage tant pour l’accueil qu’il réserve que pour sa vue imprenable sur le vieux fort.

Depuis que nous sommes entrés dans la province d’ Isfahan, les portes sont munies de deux sortes de butoirs, un épais pour les hommes et un plus fin pour les femmes. Le son qu’ils dégagent est différent et permettait aux propriétaires de connaître la nature de leur visiteur/euse et de se parer en fonction (voiles, burka que la femme revêtait ou non, alors qu’il s’agissait d’un homme ou d’une femme).
La ville d’Isfahan est une petite perle. La rivière Zayandeh qui la traverse a donné naissance à 11 ponts , dont le pont Si-o-Seh, véritable fil tendu entre le passé et le présent, imposant par ses 33 arches réparties sur plus de 290 mètres de long, ainsi que le pont de Shahrestan datant du 12ème siècle. Les berges sont bordées d’une jolie promenade et de petits squares de verdure où les gens viennent se reposer, manger, discuter, jouer au ballon et réciter des poésies de l’illustre poète Hafez, originaire de Shiraz que nous visiterons bientôt.. C’est à la grande place Naqsh-e Jahan et au poète français Renier du 16ème siècle qu’elle a inspiré qu’Isfahan doive sa renommée d’être « la moitié du monde ». On dit que si tu as visité Isfahan tu as vu la moitié du monde, donc nous serons plus vite que prévu de retour dans notre St-George adorée… Cet espace démesuré en fait la deuxième plus grande place du monde après la place Tianamen, à Pékin. Elle s’enorgueillit de la sublime mosquée  Sheikh  Lotfollah véritable joyau iranien qui vaut à elle seule le déplacement, de la Mosquée Iman, du palais Ali Quapu aux  plafonds et murs en bois sculptés et décorés de niches aux formes de vases et d’ustensiles divers, de ses bassins centraux et parterre de fleurs et des bâtiments qui l’entourent, véritables remparts sur le monde extérieur. Nous passons quasiment toute une journée à la visiter avec son souk, ses toits et ses ateliers de tissages et de tapis imprimés. Nous visitons le plus vieil atelier de tapis imprimés du souk et les salles où sont préparées les teintures naturelles : le rouge doit sa couleur à la délicieuse pomme grenade, le jaune au safran, l’orange au mélange de la pomme grenade et du brou de noix, le brun et le noir au brous de noix, le bleu au lapilazuli, le rose à la  pomme grenade et yaourth mélangés et le vert aux pistaches. Les tapis sont imprimés en 3 à 4 étapes grâce à d’énormes tampons sculptés dans du bois et trempés dans la couleur. La première étape donnera naissance aux motifs sombres, puis aux motifs de plus en plus clairs. Imaginez un très vieil homme, assis sur une sorte de tabouret bas, l’échine courbée à jamais par les années de labeur, les pieds joints, les doigts noueux, entourés de toutes sortes de formats de tissus, de tampons, de fils et autres, en plein travail ; il tamponne, tourne le tissu, jauge son travail et continue, sans relâche et dans un rythme plus que soutenu (les chadocks seraient déjà en grève…sans rancune ?).

Nous savourons paisiblement notre petit thé, tout en l’observant et cachant un énorme bâillement (la honte) et faisons notre marché de petits tapis-napperons que nous imaginons déjà comme set de table. Le soir, nous avons rendez-vous avec Pooyan et sa famille que nous avions rencontré à Abbyaneh. Pooyan nous a donné rendez-vous à l’hôtel Abasi, que nous découvrirons être un véritable palace de culture orientale (sculptures, peintures, plafonds travaillés, vitraux, salles de buffet digne des mille et une nuits). Nous observons dans le lounge de l’hôtel où nous prenons un délicieux chocolat chaud, (après insistance des enfants nous finirons même dans les cuisines pour voir l’étiquette du cacao), nous assistons donc à une scène tout à fait insolite pour nous et qui se reproduira plusieurs fois et que nous observerons également le lendemain, ayant craqué pour un nouveau choco. Il s’agit de deux femmes accompagnées chacune respectivement par une charmante jeune fille et un charmant (ou non) jeune homme. Les femmes s’asseyent proches l’une de l’autre en coin de table et laisse les deux tourtereaux qui se jaugent par-dessous la table l’un en face de l’autre. Les mains s’agitent, se croisent et se décroisent, les regards se faufilent ni vus, ni connus , sans jamais se croiser jusqu’à sa  future prochaine moitié, la gêne est palpable et le malaise tangible se glisse presque jusqu’à nous. Nous essayons de faire comme si de rien n’était, mais nos regards se coulent malgré nous dans la direction de ces futurs couples en devenir. Ils restent plantés là, la jeune fille droite comme un i reste figée et les mères se congratulent, leurs jettent un regard entendu et satisfait puis se serrent la main et sonnent la fin de la séance de torture. Les jeunes se lèvent d’un coup sec se serrent la main sans se regarder dans les yeux alors que les mères se saluent avec retenue comme si chacune faisait mesurer à l’autre à quel point cette dernière devait être honorée d’une telle alliance… Nous nous sentons tout petits et tout désolés. Bon, peut-être qu’il ne s’agit que d’un rituel et qu’en fait chacun des deux futurs mariés saute de joie et cache au fond de lui son extrême bonheur à venir… Qui sait ?


Pooyan et sa famille nous emmènent manger dans un très bon restaurant perché au pied de la montagne qui surplombe la ville. Nous apprécions la vue magnifique sur la ville illuminée et la bonne compagnie de ces gens d’une infinie gentillesse. Pooyan nous a trouvé l’adresse de la compagnie de navigation et les dates de shippement pour Dubaï. Merci encore.
À Isfahan nous visitons encore les minarets tremblants, qui tremblent réellement pour autant qu’on les secoue sans que personnes jusqu’à présent n’ait trouvé l’explication à ce phénomène, le fort, le circuit « half of the world walking tour » et partons sans avoir eu le temps de tout apprécier, évidemment. Nous  partons en direction de Yazd en passant par Ardakan où nous dormons derrière la Mosquée puis par Meybod où nous visitons le caravansérail, la glacière impressionnante et son château. Nous entrons dans un Iran plus traditionnel et les femmes sont toutes de noires vêtues. Le paysage est une suite de reliefs déchirés et nus. Impressionnant et majestueux.
Nous passons la nuit devant la mosquée de Yazd, dans le brouhaha et le va-et-vient de voitures et motos pétaradantes. Au matin, après avoir alligné quelques exercices de français, nous partons découvrir la ville.
La ville de Yazd, solitaire, est perchée à 1230 mètre entre deux déserts, le Dasht-e Kevir et le Dasht-e Lut. Nous avons hésité à prolonger notre visa pour avoir le temps de traverser ces paysages arides, mais n’étions pas assez motivés pour entreprendre les démarches pour pouvoir seulement avoir accès à la police touristique toujours absente.
La vieille ville est construite en pisé. C’est un vrai labyrinthe aux  hauts murs ocre, ronds, doux et lisses, aux voûtes et passages étroits mystérieux où l’on ne peut pas faire autrement que de se perdre. L’ambiance est étrange, car les murs hauts qui protègent les habitations de la chaleur, donnent à cette vieille ville l’impression d’être vide et silencieuse. On marche, n’apercevant que rarement quelqu’un, une voiture rasant les murs de par et d’autre, une mobylette pétaradante, puis à nouveau le silence. Les toits des habitations, sont surmontés de « bâgdir » où « tours du vent », sorte de grandes cheminées rectangulaires (en pisé) percées de plusieurs ouvertures et fermées par un petit toit plat. Il s’agit du système de ventilation sorte d’air conditionné non polluant. Et joli en plus. Ces « bâgdirs » permettent de rafraîchir les habitations et également de rafraîchir l’eau durant l’été.


La ville moderne a son charme également et de magnifiques constructions datant du 19ème siècle, tel le pishtaq de la place Amir Chakhmaq que l’on peut escalader pour admirer les toits de la ville. Nous visitons le musée de l’eau et sommes admiratifs devant cette ingéniosité et la bravoure de ces hommes qui ont creusés les « quanat » permettant d’irriguer les jardins et de pourvoir aux besoins de la population en eau. Les hommes qui descendaient creuser les tunnels, si étroits qu’ils devaient se tenir agenouillés et pliés en 4, revêtaient des habits blancs, couleur mortuaire, en cas d’accidents. Rien que de voir les tunnels, nous sentons la claustrophobie qui nous guette. Musée de qualité et très intéressant. Les enfants ont adoré.

Nous nous faisons happés au souk par une compagnie de cinéma qui tourne un film sur thème de l’eau et refaisons 15 fois la scène dans le souk avant de partir presque autant admirés que les comédiennes elles-mêmes. Mais est-ce uniquement notre statut de touristes ou sommes-nous hypers-beaux, charismatiques, de futures stars qui s’ignorent… ? Ce doit être ça, si beaux et charismatiques que tout le monde veut nous parler, nous photographier. Un peu de mégalo-narcissico-nombriliste une fois en passant, c’est grave ?. Bref, nous serons figurants dans un film iranien dont nous ne nous rappelons plus le nom, pour autant qu’il ne coupent pas la scène.
Nous faisons un crochet dans la plus vieille et légendaire pâtisserie du coin et sommes happés par la foule qui se rue devant les longs comptoirs de verres vides. Ici, pas d’étalages de douceurs, les pièces proposées sont présentées dans quelques armoires de verres avec leur emballage et un numéro et chacun remplis un bon de commande qu’il essaie de donner à une des multiples fourmis ouvrières de l’autre côté du comptoir, pour pouvoir ensuite payer et attendre la marchandise qui se prépare dans de grandes salles de l’arrière-boutique. Un couple de Téhéran vient à notre rescousse et nous repartons avec notre boîte de douceurs iraniennes qui s’avèreront être succulentes. Nous prenons rdv avec Golnaz et ses amies, que nous avions aussi rencontrée à Abyaneh et cette dernière nous accompagne au souk et achète une belle boîte à bijoux pour Léna. Nous les quittons pour Shiraz, ville de l’amour et du vin (à une époque très lointaine je pense), ville romantique et sacralisée par tous les Iraniens, dont on dit que s’ils n’ont pas tous chez eux un livre du coran, ils ont en tout cas tous un livre de poésie du poète Hafez.
Nous partons en direction de Shiraz,  en nous arrêtant admirer les fantastiques tombeaux de Naqsh-e-Rostam puis le site de Persépolis.

Nous passons la nuit à côté du site dans les jardins de l’hôtel dont la cour est agrémentée d’un beau bassin habité par un couple de cygnes blancs, d’un couple de pélicans et d’un cygne noir majestueux. Image du paradis promis.
Le lendemain, nous partons pour Shiraz , visitons le jardin et tombeau du poète Hafez, où les gens affluent, viennent toucher le tombeau et achètent de petits papiers dits à valeur prophétique sur lesquels sont écrits des phrases ou proses tirées des poésies de Hafez. Nous visitons l’école coranique et ses toits qui nous permettent d’admirer la ville de haut. Nous assistons à un drôle de manège de pigeons qui volent autour du toit en terrasse, puis élargissent leur cercle et reviennent vers le toit et ainsi de suite. Le même phénomène se reproduit un peu plus loin sur un autre toit en terrasse. Nous sommes perplexes et un iranien nous explique qu’il s’agit de pigeons domestiqués en compétition. Ils volent en élargissant leur cercle et essaient d’attirer dans ce dernier un pigeon du « clan adverse » avant de revenir vers leur base. Celui qui aura réussi à prendre un pigeon du clan opposé sera le vainqueur de la compétition.


Nous visitons la grande mosquée qui sera notre coup de cœur au niveau des mosquées et faut dire que depuis le début de notre voyage nous en avons visité des quantités. L’intérieur est de toute beauté et les mots me font défauts pour l’expliquer. Nous sommes vendredi et la mosquée est pleine à craquer. Nous attendons la fin de la prière qui nous tire presque les larmes des yeux tellement la psalmodie est douloureuse et profonde. Nous aimons entrer dans ces mosquées qui nous inspirent davantage que nos églises, sans parler de religion, car ça, c’est autre chose.
Le souk de Shiraz est riche en tapis et tissages, tissus et costumes traditionnels. Les enfants se font faire un costume sur mesure en deux heures et nous admirons le travail de ces femmes aux mains de fées, avec qui nous partageons un fou rire énorme lors de l’essayage du couvre-chef  de Tom sur lequel Philou tape pour essayer de l’enfoncer sur sa tête ne réussissant qu’à faire voler un nuage de poussière épais l’enveloppant de toute part. Nous sommes morts de rire.


Nous quittons Shiraz dans la nuit en direction du sud, Bandar Abbas. Nous roulons jusqu’à Jahrom, sur des routes souvent à une voie et encombrée de camions. La conduite de nuit n’est pas de tout repos et pas très sécurisante. Arrivés à Jahrom, la police nous emmène devant un poste de l’armée pour la nuit, parking d’où nous serons délogés à 6h00 par un soldat qui frappera sur notre mobile home jusqu’à l’ouverture de la porte (qui nous demande quand même quelques minutes, Philippe ayant mis les boules Quies une heure auparavant). Nous décampons en vitesse et de fait, ce sera, avec Pétra, notre réveil le plus matinal. Comme quoi, l’on ne peut pas se plaindre.
La route s’enfile dans un paysage aux reliefs abrupts et déchirés. Le panorama à perte de vue est désertique et aride. Les habitations et villages que nous croisons se fondent dans le paysage à la manière du caméléon revêtant les couleurs de son environnement. Nous n’avons plus froid du tout et nous pensons plutôt  « il fait trop chaud »…
Peut avant Lar, située environ à 135 kilomètres de Bandar-Abbas, le désert cède de la place aux plantations d’orangers, puis plus loin de coton. Quelques oasis se succèdent puis, à nouveau, ce relief douloureux , écorché et sec ; splendide.
Arrivés à Bandar Abbas, nous sommes quasi en panne sèche et sommes invités à passer devant la queue interminable de camions et autobus, attendant pour faire le plein de diesel. Nous sommes trop contents d’éviter une à deux heures d’attente sous la cagnasse et du coup, trop pressé de repartir, nous emboutissons un minibus venu d’on ne sait où. M….Reste plus qu’à attendre la police et toute la procédure. Soulignons quand même, à notre décharge, qu’un des hommes de la station nous faisait signe de reculer en criant de grands okééés ! Le côté droit tout neuf d’un phare reçu à Damas rivalise encore plus de beauté avec son voisin de gauche…tout cabossé.
Nous passerons une journée entière dans le port en zone douanière pour embarquer dans le ferry,  seront aux petits soins et prendrons même une douche, puis au final Philou se fera interroger de manière assez costaude par 3 gars en civile dans le c.c, qui lui tiendront des propos corrosifs sur Sarko qui avait apparemment à nouveau fait une boulette quelques jours plus tôt (histoire de café durant le ramadan), fouilleront son appareil photo et son ordi de a à z, avant de lui dire de ne pas se formaliser et de garder un bon souvenir d’Iran.
En conclusion, l’Iran est un pays magnifique, surprenant, riche et varié tant par sa culture, ses sites, ses bâtiments, villes et villages, dont le peuple chaleureux et d’une hospitalité à faire rougir une grande majorité d’Occidentaux contribue pleinement à rendre un voyage dans ces contrées inoubliable. Le port du voile est un peu contraignant,  mais comme nous avons la chance de le laisser tomber aussitôt la frontière passée, on peut facilement s’en accommoder. Quant à la cerise du cocktail, elle est vraiment pourrie…

Kheyli Mamnum pour tous ces beaux moments…

Pour la gallery photo de l’Iran jusqu’à Abayneh cliquez sur les 4 soldats de gauche, pour la partie 2 de l’Iran cliquez sur ceux qui les regardent…à droite.