INDIA 1 – 29/12/2010 -

Récit de voyage

L’Inde ne se raconte pas au singulier, l’Inde est un pays qui se vit et se décline d’autant de façons qu’il y a de personnes qui le visite; l’Inde est apparue à nos yeux de voyageurs comme peut-être le monde aux yeux du nouveau-né : un énorme choc (culturel), puis de surprises en surprises, de questionnements en émerveillements, d’incompréhensions en révoltes, nous avons tenté de l’apprivoiser en sachant qu’il nous faudrait peut-être une vie entière pour l’appréhender. L’Inde est l’un de ces endroits où l’on sait qu’on reviendra…malgré tout.

Ce récit de voyage relate d’avantage notre itinéraire que l’Inde en soi. « Incrédible India », dans la rubrique « sur la route » comprend plus d’informations, bien que subjectives, sur le pays. Et surtout, rien de mieux que de se lancer à l’eau pour apprendre à connaître par soi-même et ainsi avoir sa propre opinion sur une partie du monde qui nous entoure.

De Mumbai à Goa en passant par le Rajasthan et Agra

 

Arrivée par avion, donc douane passée plus ou moins simplement. Pour le camping-car, ce sera une autre histoire…

En 8 jours, nous changeons 4 fois d’hôtel. Le premier, aux chambres donnant sur une cour fermée étouffante aux odeurs désagréables et investie par les préparatifs du Nouvel An, perceuse et branle-bas de combat dès 9h00, est affreux. Comme nous avions attendu de 4 à 5 heures du matin pour avoir deux matelas crados et des couvertures pour les enfants… nous sommes crevés. Nous faisons nos deux nuits et bougeons. Le deuxième hôtel étant excentré, nous cherchons quelque chose proche du port et de la douane afin de pouvoir visiter la ville tout en restant disponibles (nous avons eu du flair) et trouvons le Grand Hôtel qui sera renommé par les enfants, Grand Hôtel de M…. Langage quelque peut châtié, mais si vrai que l’on ne dira rien. Là, c’est le fiasco. Les gars qui rentrent dans notre chambre à huit heures pour faire nos lits alors que nous dormons, le room-service qui nous réveille à 1 h 30 du matin pour nous amener une valise ne nous appartenant pas, et rebelote un intrus qui vient faire notre chambre en entrant sans frapper à 8heures…Plus le reste qu’on oublie (les serviettes de bains qui ne viennent jamais, le papier toilette, l’eau chaude fantasmée, et tutti quanti). Sans parler du décor de rêve de la chambre. Deux jours et nous bâchons. Au suivant, comme disait quelqu’un…

 

 

En 8 jours, nous avons réussi à avoir une petite turista pour l’un d’entre nous, une grippe intestinale pour l’autre et une crève carabinée pour la troisième ; une seule personne résiste et je vous le donne en mille que ce n’est pas celle à qui vous pensez.

Bref, il nous faudrait un petit tour de passe-passe, ou peut-être seulement notre cocon à roulettes qui nous manque.

Nous découvrons la ville de Mumbay  et tentons d’apprivoiser ce Nouveau Monde tranquillement. Nous déambulons dans les rues, les marchés, les parcs, admirons les tissus, les temples, la foule, le capharnaüm inimaginable de la ville, visitons l’île Elephanta, ses temples dédiés à Shiva et ses singes, goûtons aux dales épicés, tandoori et autres plats indiens succulents, qui ne font pas le bonheur de tout le monde et là, vous savez de qui il s’agit…

 

 

Mumbay c’est aussi le bruit incessant des klaxons, les traversées de routes périlleuses, la saleté présente partout, la misère de familles entières qui habitent sur le trottoir, le linge suspendu le long des routes, les tentes improvisées et maisons de fortune le long des grands axes routiers, les enfants et bébés quasi nus à même le sol, les bidonvilles et ruelles misérables jouxtant les bâtiments britanniques splendides vestiges d’une époque coloniale, les temples hindous magnifiques, les vieux taxis charmants au compteur extérieur digne des films des années 50, les tuks-tuks petits taxis à trois roues, les parcs superbes où se retrouvent les joueurs de cricket, les enseignes lumineuses modernes et les enseignes bariolées à l’ancienne, les étales colorés de guirlandes de fleurs pour les offrandes, les banians-trees arbres sacrés aux racines et troncs impressionnants, les douches publiques et la foule qui s’y presse, les vaches sacrées qui déambulent sereines dans les rues, les bouibouis par centaines, les odeurs parfois insoutenables mais aussi délicieuses, les cahutes diverses remplies à bloc de toutes sortes d’objets et de choses à vendre, les couleurs vives et chatoyantes, les femmes gracieuses et si belles, les « écrivains publics » le long de certaines rues qui lisent et écrivent les lettres et documents des personnes illettrées, le monde, le monde et le monde partout.

 

 

Ce qui marque la plus grande différence par rapport à tout ce que nous avons déjà vu c’est qu’ici la vie privée voire intime, est présente partout. On mange, dort, lave son linge, se lave les dents, cuisine, fait ses devoirs à même le sol, sur les trottoirs où passe la foule. Nous observons une petite fille d’à peine 3 ans qui nous dépasse, de nuit, s’arrête sur la grille d’égout le long d’un axe routier encombré et lève sa jupe pour se soulager, les voitures la frôlant de toute part à vive allure…

 

 

Nous traversons des quartiers de bidonville où la misère et la saleté, sœurs jumelles inséparables nous sautent en pleine figure. La vie bat son plein et nous étourdit.

 

 

Nous passerons 19 jours à Mumbai dont 15 de tracasseries administratives, pour finalement récupérer un c.c aux serrures extérieures du coffre à gaz arrachées, à la fenêtre du toit forcée et à son contenu exploré et dépouillé chirurgicalement. De grosses larmes pour les enfants qui n’ont pas été épargnés, une grosse boule au ventre pour moi (plus des larmes, ok je le dis) qui ne me lâchera pas durant quelques jours et une certaine lassitude pour Philou qui se dit, comme nous trois, que ça commence bien mal…Nous savions bien que ceci risquerait d’arriver, mais se faire dépouiller et l’intrusion que cela implique dans son espace intime est toujours un sentiment très désagréable, quelque soit le pays où ça se passe et encore plus lorsque ça arrive dans un espace soi-disant sécuritaire auquel nous ne pouvions accéder malgré notre insistance.

 

 

Nous quittons ENFIN Mumbai que nous n’aurons pas visitée comme nous l’aurions souhaité, ayant passé plus de temps à attendre les téléphones et rdvs manqués.  Nous mettrons deux bonnes heures pour parcourir les 40 kilomètres nous séparant du nord-ouest de la ville et sa banlieue.

 

 

La ville derrière nous laisse place à de somptueux paysages de semi-jungle tropicale aux sommets se détachant dans le ciel comme d’étranges tours de verdures. Les plantations de riz, de tabac, de bananiers, manguiers et cotons habillent les bas-côtés.  Sur les routes, les camions sont nombreux et superbement décorés avec écrit en couleurs à l’arrière, «Horn Please », ce que tout le monde fait sans modération.

 

 

En Inde, chaque seconde mériterait la photo ; la femme au sari rose-pétant, son chargement de briques sur la tête accomplissant les travaux de réfection des bordures d’autoroute, le camion renversé sur la chaussée, les tuks-tuks remplis à bloc hommes et enfants dépassant des portières, les bus surchargés de dizaines de passagers accroupis sur le toit et accrochés à la galerie risquant leur vie dans ces bus-fous, les femmes vendant leurs fruits le long de la rambarde de séparation des voies, les motos roulant à contre-sens sur la voie de dépassement avec l’enfant sur le guidon, la femme en amazone à l’arrière son bébé dans les bras, et toujours ces beaux saris aux couleurs vives, touche finale adoucissant le tableau.

 

 

Sur la route un conducteur nous fait de grands signes, nous double, freine, nous redouble et s’arrête un peu plus loin, gesticulant par la fenêtre. Nous nous arrêtons sur le bas-côté lançant les paris sur le pourquoi de toute cette agitation. Bingo, nous avons tous gagné : il voulait visiter le c.c.  Allez, c’est reparti, petite visite du frigo, de la gazinière, des couchettes (…) et, de délicieuses sucreries au sésame -offertes par la femme du chauffeur surexcité- dégustées avec plaisir et un brin de causette plus tard, nous repartons avec la promesse faite de les appeler dès notre arrivée à Surat. Nous continuons de rouler jusqu’à la tombée du jour et nous arrêtons dans un parking. Une jeune fille, Rooja, nous aborde et nous invite à venir visiter la ferme de son père à 20 kilomètres de là. Nous nous fixons rdv pour le lendemain matin. La conduite  est déjà assez périlleuse de jour, les autoroutes étant non seulement investies par de gros camions tonitruants, mais encore par les vaches, les automobilistes à contre-sens, les vélos, les charrettes, et autres véhicules abracadabrants pour ne pas tenter le diable en conduisant de nuit, sans parler des nids de poule et autres cratères ayant dévorés le bitume. Philou a d’ailleurs changé son style de conduite, une main sur le volant, l’autre sur le klaxon.

 

 

Bref, après un repas dans un endroit à la propreté plus que suspecte, nous découvrons un joli gribouillis au feutre sur l’emplacement du Cachemire que nous n’avions toujours pas ajouté à notre carte incomplète d’Inde décorant le c.c (merci google). Nous découpons illico presto le Cachemire dans notre carte routière et le collons grâce aux seuls stickers transparents non dérobés à Mumbai sur l’emplacement nettoyé de ces gribouillages. Enfin, après quelques visites du c.c, nous tirons la couette et nous laissons bercer par le doux son hétéroclite des klaxons. Petite nuit de rêve.

 

Nous n’avons pas le temps de terminer notre déjeuner que voilà Rooja et son père. L’escorte est là, nous bourrons tout dans les armoires et départ pour la ferme aux perles. Je commence à douter de mon anglais, car des perles d’élevage ici, au milieu de cette jungle nous laisse perplexes.  Nous empruntons des routes de plus en plus petites pour finir sur des pistes en terre aux cratères lunaires, étroites et encombrées de toute part: bicoques, linge, chèvres, sacrées vaches sacrément encombrantes mais toujours sacrées, dromadaires attelés aux charrettes débordantes de fourrage bien vert, gens, tuks-tuks débordants débordés, camions colorés-pourris-surchargés-défoncés-au klaxon bloqué( ?)-arrêtés voire renversés, vélos, « mobylettes 6 passagers », tonne de chiens errants éclopés-estropiés-mutilés-affamés, tout ce méli-mélo forme le décor. Nous sommes tellement concentrés sur la conduite que nous en oublions de respirer.

 

 

 

Petit croisement et l’on s’enfonce dans la Jungle (avé l’assent anglé) pour déboucher sur un joli terrain de cricket, tout beau, tout vert, tout anglais, petite fierté du maître des lieux. Puis nous continuons encore et encore, traversant des hectares de plantations de manguiers, bananiers, de ? et de ?, pour déboucher devant la propriété. Nous sommes accueillis par la famille dont nous n’aurons pas fini de faire le tour avant notre départ. A peine arrivés, nous repartons en sens inverse dans leur voiture pour aller chercher la petite sœur de Rooja à l’école pendant que les femmes préparent le repas. Petite conduite à l’Indienne pour s’ouvrir l’appétit et visite éclaire de l’école « primaire-et-secondaire-le-tout-en-un » du village d’à côté. De retour à la propriété, nous partageons le repas avec le père, la mère et la petite sœur de Rooja, les autres femmes ayant déjà mangé et étant occupées à nous servir. Le patriarche, assis en bout de table, se fait servir par sa fille, attentive et souriante. Nous abordons divers sujets, dont le mariage, la famille, la dote, les croyances…La grand-mère nous amène les albums photos et nous découvrons avec curiosité, les photos de mariages des différentes générations. Les cérémonies sont grandioses et le coût d’une des fêtes données à l’occasion du 10ème anniversaire de mariage de la sœur du père de Rooja, n’aura coûté ni plus ni moins qu’un millions cinq de roupies…De la folie pure.

 

 

Le père de Rooja nous présente son neveu et nous explique qu’il est encore célibataire, sa famille ne lui ayant toujours pas trouvé de prétendante. En Inde, le sacré père ou père sacré, dirige tout. Il s’occupe de choisir un époux pour sa fille, soit par connaissances interposées, soit par petites annonces dans certains journaux de la communauté. Lorsqu’une famille intéressée par le statut social de la fille ou du fils à marier s’annonce, les parents se rencontrent, font connaissance, se jugent et se jaugent puis, si l’une et l’autre sont satisfaites, alors les deux futurs mariés se rencontrent…en famille. L’astrologue est consulté afin de s’assurer de la concordance des astres nécessaire pour une alliance bénéfique, puis la date des fiançailles est fixée. Le mariage se célébrera à la date indiquée par les astres afin d’assurer un mariage couronné de succès.

 

 

La fille quittera alors son domicile pour aller vivre dans la famille de son doux prince, famille qu’elle marie également, pour le meilleur et pour le pire…Quant au fils, il recevra son élue dans la maison de ses parents avec qui il continuera d’habiter. Si les familles sont trop nombreuses et que la place venait à manquer, le fils devrait trouver une autre maison (si possible à côté de la maison parentale) pour y installer sa famille. C’est ainsi « que les mariages peuvent durer, grâce au respect des règles et de la famille, contrairement à nos modes de vie européens qui aboutissent à tous ces divorces ».  L’on sent que nos modes de vie à l’occidentale ou/et à l’américaine sont fort approuvés par (un) certain(s) membre(S) de la famille… Disons que pour la jeune fille qui tombera dans une belle famille sympathique et aimante au fils beau comme un dieu et aussi prévenant que vif d’esprit, ce sera peut-être finalement une vie de rêve, mais pour celle qui se retrouvera dans une famille au mari autoritaire, directif et une belle-famille aride, ce pourrait être le début d’un long enfer…Nous serons invités dans plusieurs familles en quelques jours et la place occupée par la femme sera à quelque chose près, toujours la même… le trône bien sûr !

 

 

…Aparté, incartade, amuse-bouche…

Mais pourquoi la femme est’elle si souvent brimée ?…C’est à cause de leur courage, Monsieur, leur bravoure, Monsieur…ça dérange, Monsieur. Voyez-vous Monsieur, tant de nobles qualités dans un être qui plus est si gracieux, Monsieur, ça fait peur, Monsieur. Détentrices du plus grand miracle de la Vie, Monsieur, rendez-vous compte, pure folie, Monsieur. Ne vaut’il pas mieux les priver alors au moins de leur liberté, Monsieur, ?…

 

 

Avec tout ce que la femme nous a inspiré depuis notre départ, nous pourrions faire une belle pièce de théâtre à la Molière ; « Femme, malgré elle »…

 

 

À l’approche de Surat, dans la province du Gujarat, nous téléphonons à notre conducteur frénétique de l’autre jour, Mr N.Kumar. Ce dernier vient à notre rencontre, toujours branché sur pile Duracell, pour nous guider à grands cris de « follow me, don’t vorry, follow me, follow me », (sur une route de 2,40 mètres de large où veut-il qu’on aille ?), jusqu’à chez lui, véritable forteresse au milieu des bidonvilles. Nous franchissons un énorme portique donnant sur 4 maisons imposantes et une cour intérieure bordée par 4 beaux jardins : les maisons des 4 frères sur 6 et de leur famille respective. La maison de N. Kumar est gigantesque, toute de marbre vêtue. Nous passons une soirée bien étrange à manger seuls à table sous le regard du maître des lieux et de sa femme, contente de nous voir manger et apprécier son repas. Puis, débarque le photographe de Bollywood, appelé par Mister N. Kumar pour une séance photo qui nous permet d’afficher clairement des sourires énormes…On adore. Le lendemain matin, le photographe revient avec sa famille, ainsi que le journaliste et le reste du monde.

 

 

Nous partons en fin de matinée, avec deux litres de jus d’oranges pressées par Bhani, notre repas de midi et le reste de pain toast et les pots de confitures achetés exprès pour nous. M. N. Kumar nous explique que c’est son devoir de nous recevoir.

 

 

Ce soir, nous serons accueillis à Ahmadabad chez son beau-frère qui a dû recevoir des consignes nous concernant, car nous serons reçus comme des rois et escortés durant toute la journée du lendemain par Atul, un ami d’un ami qui nous emmènera visiter les palais et parcs, nous invitera au restaurant et nous guidera jusqu’à Gandhinaghar voir le temple d’Akshardham et son « Son et lumière » en hindi, très beau, même si nous ne comprendrons rien.

 

 

Amhedabad ou Amhadabad selon les livres ou cartes, est une ville de 6 millions d’habitants et comme toutes les villes même petites en Inde, elle est sur-polluée et embouteillée de toute part.

 

 

Nous visitons l’Ashram Sabarmati, quartier général de Gandhi durant la longue période de lutte pour l’indépendance, le Dada Hari Wav, bâtiment d’une architecture très particulière érigé par une concubine du sultan Begara en 1499 ; la perspective est tout à fait surréaliste et nous donne l’impression de descendre les escaliers en s’enfonçant dans des miroirs bordés de colonnades de plus en plus étroites. Les paliers successifs descendent jusqu’à un petit puits octogonal où la température reste fraiche. Comme partout, les écureuils nous suivent et se glissent presque entre nos pieds, régalant les enfants.

 

 

La ville n’a rien de transcendant et nous la quittons dans un trafic très dense qui nous permet de réaliser notre premier petit clip « c’l’bordel ».

LIEN         VIDEO C’BORDEL

Nous passons à côté de deux accidents et à chaque fois un corps recouvert d’un tissus  est allongé sur le sol au milieu du carrefour, tout seul, un attroupement formé sur le bord de la chaussée. Philou évite un bras qui dépasse. C’est absolument méga glauque, mais malheureusement pas étonnant du tout. Des accidents, des camions renversés, nous en verrons des centaines dont des dizaines chaque jour de conduite.

 

 

Le soir même nous dormons devant l’immeuble de la famille à Atul, après avoir été accueillis chez eux très chaleureusement. Nous passerons de bons moments avec leur jeune fils qui fait la fierté de sa famille. Les histoires le concernant sont multiples et médiatisées et si nous ne comprenons pas toujours tout ce qu’on nous raconte, nous gardons le sourire. On nous préparera un riz et des légumes rien que pour nous, toute la famille réunie autour de la petite table où nous sommes assis à nous regarder manger,à  nous parler et à rire. Léna se verra offrir toute une collection de bracelets et nous resterons ébahies devant les centaines de bracelets accrochés dans l’armoire de la femme du foyer. Très beau moment de partage sincère.

Nous quittons la province du Gudjarat au matin pour le Rajasthan, direction Udaïpur.

 

 

Nous arrivons à Udaïpur, ville qualifiée comme la plus romantique du Rajasthan, en fin de journée et trouvons le Rang Niwas hôtel, où nous pouvons garer notre véhicule et bénéficier d’une douche pour quelques roupies. Parfait, nous sommes au centre ville et à l’abri du monde. Nous adorons la ville qui nous séduit tant par sa tranquillité (toute relative ) que par ses magnifiques palaces et temples. La ville est encadrée par les reliefs des monts Aravalli et s’étend sur les rives du lac Pichola. Elle est dominée par le City Palace, construction de toute beauté dont les balcons et terrasses surplombent le lac et ses îles Jagniwas et Jagmandir, toutes deux dotées de splendides palais détournés en hôtel de luxe.

 

 

L’île de Jagmandir offre une vue splendide sur la vieille ville et le City palace bordé en contrebas de grands escaliers qui descendent dans l’eau, et où les femmes lavent leur linge, les gens viennent se laver, etc…

 

 

Après trois jours à Udaïpur, nous empruntons la route sinueuse qui s’enfonce dans la province du Kumbalgarh.  Nous découvrons une Inde rurale à travers des paysages somptueux et des scènes de vie qui sont pour nous splendides, tel le paysan assis derrière ses deux bœufs faisant fonctionner la noria qui permet d’irriguer ses champs, dans un décor de verdure.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Nous découvrons aussi des oiseaux splendides et des singes en profusion qui se jettent sur notre camping-car voyant apparaître une banane tendue par Tom. Nous avons failli en avoir un dans l’habitacle et nous sommes payé une bonne frayeur…

 

 

Nous arrivons au fort de Kumbalgarh, perché à 1100 mètres d’altitude dans les monts Aravalli  après le couché de soleil. Nous dormons au pied du fort, au frais, gardés par l’homme de la nuit et le visitons au matin, admirant sa muraille qui s’étend sur plus de 36 kilomètres entourant 360 temples éparpillés dans la végétation.

 

 

Nous continuons direction le temple de Ranakpur et nous arrêtons en chemin dans une école rurale où nous laissons quelques livres d’anglais et d’images, nos cartes murales d’Inde et du Monde, quelques stylos et la promesse de leur envoyer le matériel dont ils ont besoin. C’est dans cette école que nous enverrons les 50 cartables fournis en matériel scolaire.

 

 

Le temple de Ranakpur, temple jaïns de marbre blanc comprend 29 petites salles soutenues par 1444 colonnes, dont une seule est penchée, car seuls les dieux sont parfaits…

 

 

Dans le temple, un homme peint une sorte d’armure et la recouvre de motifs argentés et de paillettes. Il nous explique qu’il s’agit des vêtements du dieu Adinath (sauf erreur) qui, comme nous, change de vêtements chaque jour ; tous les matins à dix heures on lui retire donc sa parure, les femmes le lave avec de l’eau et du lait puis vers les 14-16h00 il revêt son nouvel habit qui aura été lavé afin d’être redécoré d’une autre façon…Le temple est magnifique et respire la sérénité. Les singes sont au rendez-vous et nous sautent presque dessus, avant que nous comprenions qu’ils convoitent la fleur qu’on nous a offerte. Nous la jetons et prenons le large, pas trop rassurés.

 

 

Nous poursuivons par Jodhpur, appelée la ville bleue (voir photo du jour pour les explications) surpeuplée et polluée comme la plupart des villes que nous avons visitées jusque-là. La beauté de la ville réside surtout en son imposante citadelle de Merhrangahr, perchée au-dessus du méli-mélo bleu brahmane de la vieille ville en contrebas.

 

 

Nous nous enfonçons dans les dédales de la vieille ville, nous écartant des ruelles plus touristiques et vivons notre première rencontre peu sympathique dans la personne d’un gamin d’environ 11 ans, qui tapera Léna et arrachera la casquette de Tom pour la lancer par-terre, fâché de ne pouvoir avoir mes lunettes de soleil…Je ne sais pas s’il recommencera, car tous les enfants du quartier lui sont tombés dessus. Autre petite leçon de vie pour les enfants peu habitués à ce genre d’agressivité.

 

 

À Pushkar, nous trouvons un vrai havre de paix dans l’enceinte du Shannu’s Ranch Inn tenu par Marco, un québécois habitant en Inde depuis 35 ans et résidant à Pushkar depuis 20 ans. Nous écorchons son portique qui doit faire 3mètres10 de haut sans poussière, juste comme nous, mais nous entrons. Au rendez-vous, chevaux, singes, canaris, perruches à collier, chiens et chiots et même un cochon sauvage trimballant sur son dos un petit singe plus qu’espiègle.

 

 

Pushkar est une toute petite ville encerclée de montagnes et lovée autour d’un lac sacré entouré de 52 ghats permettant aux milliers de pèlerins de venir se baigner dans ses eaux. La ville est un haut lieu de pèlerinage pour les hindous, car elle abrite l’un des rares temples dédiés à Brahma (il y en a deux dans toute l’Inde). L’ambiance qui y règne est paisible, nonchalante, exempte de klaxons et nuisances sonores intempestives, à part entre 18 et 20 heures d’un côté à l’autre du petit pont. Pendant que les garçons s’en vont marcher autour du lac, nous nous offrons une belle balade à cheval.

 

 

La nature est splendide et nous traversons nombre d’habitations sommaires, voyons les femmes et les hommes remplir d’énormes « baluchons » de fourrage et les charger sur les dromadaires, les enfants cherchant du bois et le transportant sur leurs têtes, nous observons les familles dans leurs maisons ouvertes accomplissant diverses tâches ménagères et nous mesurons encore une fois à quel point leur mode de vie est primaire et difficile.

Nous assistons au cortège cérémonial de nous ne savons trop quoi, mais qui nous impressionne.

 

 

 

Après 3 jours passés à Pushkar, emprunts de calme et de douceur de vivre, nous regrettons de repartir si vite pour Jaipur, que nous n’apprécierons pas.

Jaipur est une ville chaotique, polluée, surpeuplée, très touristique et nous sommes constamment sollicités par les vendeurs en tout genre. Bref, si la ville est aussi appelée ville rose, elle n’a de la couleur que le nom et non pas la douceur. Le palais des vents est magnifique, l’observatoire est impressionnant dans sa démesure, mais reste trop complexe pour les néophytes que nous sommes et la vieille ville bien que ceinturée de beaux remparts à créneaux, etc…nous fatigue.

 

 

Nous prenons le large le temps d’un après-midi pour aller visiter le magnifique fort d’Amber, sa ville, ses temples et ses bagarres de singes.

 

 

Nous quittons Jaipur  et arrivons à Delhi en fin d’après-midi ; nous nous parquons dans la rue plus qu’étroite où habite Stéphanie, une amie de notre ami Auguste. Nous passons quelques belles soirées chez Stéphanie et Rodrigo (merci mille fois), mais n’apprécions pas la ville. Son Fort Rouge est sans aucun attrait, sa Mosquée sans intérêt pour nous, ses ruelles source d’énervement et sa pollution extrême nous coupe le souffle. Bref, Delhi nous donne envie d’aller voir Goa en passant par le Taj Mahal.

 

 

Nous mettrons quasi 9 heures pour atteindre Agra. Nous installons le campement dans le parking ouest et partons en repérage, histoire de gagner du temps au petit matin. Notre nuit est entrecoupée par la police qui nous demande de la suivre pour nous demander pourquoi nous la suivons et nous parquer environ 100 mètres plus loin dans le même parking, après nous avoir fait comprendre à quel point il est dangereux de dormir ici…Super, nous terminons la nuit sur nos dix oreilles et partons frais comme des merlans frits découvrir le beau, le magnifique, le somptueux, notre Précieux… Taj. Nous arrivons à 6h00 devant les caisses et pénétrons le site encore vierge de monde. Parfait, nous oublions de respirer deux heures durant, admirant cette sublimissime construction, véritable écrin d’un blanc nacré immaculé et quittons la place sous la horde de touristes qui l’investit.

 

 

Le Taj Mahal a été conçut par le Shah Jahan pour recevoir le corps de sa deuxième épouse, morte en couche de leur 14ème enfant. Son chagrin fût si grand que tous ses cheveux devinrent gris en une nuit. La construction du Taj dura 22 ans et notre pauvre Shah ne pût l’apercevoir que de la fenêtre de sa geôle, emprisonné par son fils qui le renversa dans les années 1639 et il mourut en prison. Heureusement pour lui, paix à son âme, il fût inhumé au côté de son épouse. Nous apprenons que son architecte était perse ce qui ne nous surprend pas et que plus de  20’000 ouvriers travaillèrent à sa construction.

 

 

La longue descente en direction de Goa commence vraiment. Terrible. Ce coup là, c’est bon, nous détestons tous les Indiens, les insultes fusent, nous perdons notre sang froid, assistons à de terribles accidents et évitons de justesse quelques frontaux.

 

 

Le soir nous sommes récompensés en trouvant un tourist resort dans une réserve naturelle dans le Matter Pradesh. Nous sommes vraiment bien accueillis et organisons une petite virée en Jeep dans la réserve pour le lendemain matin. Nous y verrons des biches, des sortes de gazelles africaines, des singes, des crocos, et des animaux étranges, mais malheureusement que ce soit en hindi ou en anglais, nous ne connaissons pas ces noms et nous nous contentons de les observer. Ce petit « Trou-Normand Routier »  est le bienvenu. Nous reprenons la route en fin de matinée et conduisons de nuit pour trouver enfin un endroit où dormir, à côté d’un poste de police. Un des policiers en service nous amène du riz alors qu’un autre ouvre notre porte, rentre, enlève ses chaussures, s’installe, nous sourit, nous parle en hindi, soulève les couvercles des casseroles et attend…Nous nous demandons s’il faut l’inviter à manger avec nous au moment où son collègue qui ne devait plus le voir frappe à la porte et vient le chercher en s’excusant. Incroyable, nous ne sommes pas habitués aux Indiens discrets et encore moins à quelqu’un qui s’excuse presque de l’intrusion.

 

 

Nous passons une nuit de rêve, une de plus, bercés par le vacarme et les klaxons incessants des poids lourds lancés à vive allure. L’avantage est que nous repartons de très bonne heure affronter la suite de la route. Les paysages sont magnifiques et la route un peu plus organisée ; nous remontons la moyenne à 40 km/h.

À Pune, nous trouvons un supermarché bien fourni ce qui nous permet de faire le plein de vivres facilement ; le ravitaillement n’est pas toujours évident, car lorsque nous nous arrêtons dans un village il nous faut non seulement veiller à notre soucoupe volante tout en cherchant qui vend quoi et  sommes contents lorsque nous trouvons ce que nous cherchons. Bref, nous faisons valser les roupies, remplissons nos armoires, stockons le nutella et le peanut butter et continuons notre route jusque tard le soir où nous trouvons une station service pour la nuit. Depuis que nous sommes arrivés dans le sud du Mahatsarha, nous avons pu ravaler quelques insultes et retrouver un peu notre sang froid.

 

 

Après quelques 40 heures de route en 4 jours et demi, quelques cheveux gris en plus et une grosse fatigue pour notre super chauffeur, nous atteignons Goa. Plage, petit sentier de terre et de sable bordé de hautes haies juste assez large pour un camion, quelques virages et nous y sommes ; Agonda Beach, le repère des baroudeurs ou devrions nous dire, des Allemands en voyage au long et très long cours.

 

Agonda beach est une plage de 7 kms enclavée entre les montagnes et la végétation tropicale. La mer n’est ni translucide ni  bleu-turquoise, mais les dauphins viennent nager et sauter dans la baie, ce qui la rend vraiment magnifique à nos yeux. Nous nagerons même au milieu d’eux avec Léna et ce sera comme elle dit « le plus beau jour de ma vie… ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

13 réponses à to “INDIA 1 – 29/12/2010 -”

  • le brun christine:

    un seul mot !!! magnifique !!!

  • R a o u l:

    Bravo ! Ca pulvérise !
    Il y a vraiment de très chouettes photos dans cette série.

    Bonjour chez vous .

  • Tata Val:

    Merci à vous 4 pour cette formidable aventure,
    à la lecture de votre histoire de DINGUE sur l’INDE
    au travers de la jolie plume de Nadja, des belles photos de Philou j’ai bien ressentie la tristesse, les situations bien cocasses, les rencontres multiples et hors du commun,l’émerveillement, la joie, les pétages de plomb,
    et pour terminer un fou rire puissance 1000 !
    Vous êtes excellents!
    Je vous embrasse bien fort!

  • francky:

    SUPER ; encore ;encore!!!!!!

  • Mamie et Papi:

    Merci pour ce fantastique reportage nous avons fait ce voyage avec vous. gros bisoux

  • Philippe:

    C’est beau, flippant, magnifique, angoissant… Bref, on finit la lecture essoufflés et étourdis par tant de bouillonnement. Je vous trouve très téméraires!

  • Jean-Claude et Eveline:

    magnifique reportage, vous avez voyagé pour moi, pas très envie d’y aller, quoi que!!! en effet un autre monde. Merci et bonne route, vous êtes où en ce moment? Amicalement

  • prof foldingue:

    Je suis scotché, j’achèterai votre livre èds la parution, ou plutôt l’encyclopédie photographique et humoristique des voyageurs au coeur tendre, punaise c’est trop beau et vous racontez si bien….

    bises des 5

  • Yssia:

    Quel récit fantastique! et les photos, superbes.
    J’ai l’impression de rentrer d’Inde tant vous savez si bien restituer les ambiances…
    Merci.
    BizzouXX les Zamis 

  • Dan:

    Cool ! Nadja doit être ravie qu’enfin l’INDE prenne Vie pour notre plus grand Plaisir !!!

    et le mien, car mon petit philou, va pouvoir maintenant me m’envoyer les USB : Ze Reportage N-Z avé les Gros.

    Magnifique, coloré, donnant envie de découvrir tout en ayant une certaine appréhension… mais nous ne le ferons
    jamais dans « vos conditions » BRAVO !!!

    BiseS

  • Annick:

    merci pour ce beau voyage dans un monde plus que dépaysant…

  • Pooyan:

    Wonderful……. Perfect…….
    Congratulation for such amazing photos.

  • Laurent:

    FABULEUX REPORTAGE!!!!! Et pour les textes, c’est tout pareil.
    Vivement la suite.
    Bises

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