S Y R I E – 11/10/2010 -

Arrivée à la douane de Bab al Hawa le matin vers 9h30 et arrivée en Syrie vers les 12h30. Après 3 heures très folkloriques, quelques allés-retours, bakchich demandé ouvertement et autres petites spécialités nous voilà en Syrie. Changement de décor radical, qui nous rappelle davantage l’Afrique du Nord.
Nous oublions bien vite la tempête de neige en Cappadoce,  ne traversant que des paysages arides et recouverts de roche calcaire parfois jusqu’à l’horizon.

Nous avons 7 jours pour descendre en Jordanie avec l’assurance que nous avons prise.  Après nous être perdus dans de petits villages nous arrivons finalement au site de St-Siméon dont nous admirons la Basilique très imposante avant de repartir pour Alep.

L’arrivée dans Alep est sportive. Nous nous frayons un chemin dans les rues surbondées, au klaxon, façon syrienne. Nous trouvons un parking au pied de la citadelle, qui sera aussi notre emplacement pour deux nuits et nous partons nous balader dans la ville. Nous aimons de plus en plus ces ambiances de villes débordantes de vie, tumultueuses. Tout est prétexte à s’arrêter; le gamin et sa charrette bondée de bonbons multicolores, les cireurs de chaussures, les ateliers de mécaniques et les quincaillers ambulants, les femmes voilées de la tête aux pieds avec le voile noir recouvrant intégralement leurs visages (burka) et pour certaines, l’ultime touche, les gants noirs. La quasi-totalité des femmes est voilée et Léna est vraiment très impressionnée. Le simple port du voile sur les cheveux était déjà un grand sujet de questions et de discussions en Turquie, mais là c’est encore autre chose. Au souk, nous achetons une de ces longues robes noires pour Léna. Avec le bonnet noir et le voile acquis à Istanbul, la voilà parée pour notre entrée future en Iran (si nécessaire).  Nous passons la journée du lendemain à déambuler dans Alep, visitons le musée national, prenons des taxis qui, sans le savoir, nous offrent plus que le grand frisson des montagnes russes, enfilons la tenue réglementaire pour visiter la grande mosquée et nous laissons rêver dans les ruines de la citadelle.

Nous quittons Alep un peu tard et roulons de nuit jusqu’à Hama, ville qui nous charmera dès notre arrivée. Avec la rivière de l‘Oronte qui traverse la ville et ses Norias qui tournent dans un grincement douloureux perpétuel, ses 513’000 habitants contre les 2 millions d’Alep, la ville nous semble être un petit havre de tranquillité. La vie s’y écoule avec beaucoup plus de sérénité.  Pour info, les norias sont de grandes roues à pales en bois qui tournent avec le flux de l’eau et qui servaient jadis à arroser les jardins.


Après une bonne nuit sur un parking au bord de l’Oronte, nous partons à la recherche du Hammam, histoire de nous laver à grande eau bien chaude et de nous laver les cheveux.
En chemin, nous passons devant une école et demandons au gardien en poste si nous pouvons entrer. Du coup, un autre homme s’avance puis une femme et une autre et au final nous sommes entourés de 5 personnes à qui nous tentons d’expliquer notre projet. Nous nous voyons offrir le café dans le bureau de la directrice où nous prenons place, entouré de Cihan, Basema, Rehab et Hala. Il s’agit de l’école de Mahmood Hosria qui compte environ 300 élèves.  Cihan nous explique qu’en Syrie nous ne pouvons pas visiter une classe et rencontrer les enfants sans avoir une autorisation du ministère de l’Éducation. Nous passons un très beau moment en compagnie de ces 4 femmes d’une gentillesse infinie qui n’arrêtent pas de regarder Tom et Léna, de leur caresser les cheveux, de s’extasier sur la couleur de leurs yeux et de les embrasser.  Ce qui est certain c’est que le retour en Suisse leur fera tout drôle, car depuis notre arrivée en Turquie déjà, il n’y a pas eu un seul jour sans que les enfants se fassent prendre par le bras, caresser les cheveux, pincer la joue façon bisous de nos grands-mères, prendre en photos (même par les touristes japonais en vacances).  Ils risquent d’attraper la grosse tête, si ça continue…Nous trouvons notre hammam qui est magnifique. Dans son grand hall principal, autour de la fontaine centrale, de grands bancs recouverts de tapis et tissus sont installés, pour se relaxer et boire le thé. Nous déposons nos précieux dans de petits tiroirs et prenons les clefs, avant d’entrer dans le hammam à proprement parler. Nous avons le hammam pour nous tout seuls, car le propriétaire nous a réservé la place pour une utilisation familiale, soit mixte. Le hammam comprend plusieurs pièces au mur dallé et au sol en catelles avec, dans chaque pièce, l’alcôve et sa fontaine, ses bols en zinc pour se laver et, dans un recoin, le bain de vapeur.

Nous entrons avec peine dans le renfoncement en pierre qui est bouillantissime et où nous ne voyons absolument rien tant il y a de la vapeur. Les enfants ressortent aussi sec et nous faisons quelques allés-retours pour nous adapter à la température. Le propriétaire a enfilé sa tenue de travail à savoir, un grand linge ligné de couleurs nonchalamment noué autour de sa taille. Il fume comme un Turc ce Syrien ! Dommage de l’absence de l’appareil photo, car Philou étendu sur le sol, son linge autour de la taille, avec ce grand costeau, clope au bec, le frottant au gant de crin, agenouillé à côté de lui, franchement ça valait bien une pellicule entière. Après le passage de Tom, qui se tortille dans tous les sens, c’est au tour de Léna et moi-même. Hum. Impossible pour Léna et pour moi de se faire frotter par ce gaillard. Nous pensions avoir droit à une femme. Nous refusons pudiquement et du coup l’homme nous offre un magnifique sourire, nous fait signe qu’il va téléphoner et nous dit d’attendre. Quelque 15 minutes plus tard arrive une femme qui me lavera la tête à me faire perdre les cheveux, 5 fois de suite, sans aucune douceur. Quoi que j’aie pu avoir dans la tignasse, rien n’a pu y résister. Puis elle se rhabille, ajuste sa burka et s’en va. En sortant, l’homme me fait un grand sourire et « thumb up » pour avoir demandé une femme pour nous laver. Je me demande bien quelle image ils ont de nous, femmes occidentales…


Les Syriens sont charmants et toujours prêts à nous aider. Ce qui change, par rapport à la Turquie, c’est que souvent, le coup de main se monnaie. Nous lirons par la suite qu’en Syrie, le bakchich est monnaie courante, partie de la culture presque. C’est un peu dommage, car nous perdons de notre spontanéité lorsque quelqu’un nous aborde. Certaines personnes , par exemple, nous proposent leur aide en spécifiant qu’ils ne veulent pas d’argent, juste par sympathie, pour le plaisir. C’est surprenant.

L’eau, en Syrie est toujours potable et d’autant plus précieuse. Il y a partout de petits réservoirs en béton, peints et décorés avec deux robinets dorés et une tasse ou un verre. Chaque personne vient et se sert, boit dans le même verre, la même tasse. Nous prenons bien soin de l’économiser. Cette leçon de vie est bien intégrée par les enfants qui, s’ils faisaient déjà attention à ne pas la laisser couler en se lavant les dents chez nous, comprennent vraiment l’importance de cette règle de savoir-vivre, ici.Nous traversons les montagnes pour joindre Tartuf, ville balnéaire , depuis le site grandiose d’Apamée et ses 2 kilomètres de colonnes antiques.

Fait surprenant, dans ces tout petits villages que nous traversons, la plupart des femmes ne sont pas voilées, voire habillées à l’occidentale, parfois carrément style série américaine. J’aurais pensé rencontrer une vie plus traditionnelle encore. Intéressant. Les terres arides ont laissé la place aux paysages verdoyants et aux forêts de pins. Nous profitons d’un peu de fraicheur avant de redescendre sur l’autre flanc montagneux, pour rejoindre la mer. Tartuf ne nous emballera pas trop en fait.
Le constat bien triste que nous faisons en Syrie, c’est que le pays entier est utilisé comme une énorme décharge à ciel ouvert. C’est carrément catastrophique. Même Tartuf, qui est la station balnéaire de la Syrie est une belle décharge. Malgré la chaleur, nous n’avons pas mis un pied dans l’eau. C’est vraiment dommage. Avis aux entrepreneurs, une industrie de recyclage, verre, carton, plastic, pet permettrait de créer une multitude d’emplois, serait une affaire juteuse…et pour la bonne cause.


Nous quittons Tartuf pour le Krak des chevaliers qui est un château fortifié dont l’enclave extérieur, monumentale, le rendait imprenable. Nous jouerons les explorateurs et découvrirons quelques petits passages sombres peuplés de chauves-souris, ce qui ne rassurera pas Léna et Tom.  Puis nous empruntons la route des villages chrétiens, passons par Maaloula, la ville bleue, perchée et blottie dans les collines. La ville n’est qu’un enchevêtrement de maisons bleues, blanches ou de pierres brutes reliées par de petites ruelles cabossées, des tunnels et échelles. Son siq étroit est grandiose. Maaloula compte 5 églises et deux monastères et il est assez étrange d’entendre l’appel à la prière, entourés de toutes ces croix chrétiennes. Tapi dans la roche, le couvent Ste-Thècle de rite orthodoxe permet l’accès à la grotte sacrée, tombeau de la sainte, à l’endroit même ou elle aurait vécu durant plus de septante années. Là, de l’eau suinte d’un rocher et les fidèles qui viennent prier la sainte avec ferveur font la queue pour boire l’eau ou même remplir leur bouteille. À Maaloula les habitants parlent encore l’araméen, la langue du Christ.

Voilà pourquoi ils ne comprenaient pas notre si parfait arabe…Nous poursuivons jusqu’à Saidnaya où nous passons la nuit.  Au matin nous grimpons avec notre c.c la route sinueuse, très étroite et encombrée par les Syriens et Libanais qui affluent les jours fériés pour venir prier devant l’image sainte de la « Chaghoura » et faire baptiser leurs enfants. Nous assistons à un baptême magnifique dont le rituel est quand même bien différent de ce qui se fait chez nous. Les prières et les chants, l’immersion de l’enfant et la ronde autour du baptistère, l’onction d’huile sainte sous les pieds, derrière la nuque, sous les mains prennent ici une autre dimension. L’intérieur de la chapelle Notre-Dame est de toute beauté et dégage une quiétude dont nous nous enveloppons avec plaisir avant de reprendre la route, direction la Jordanie. Nous verrons Damas sur le retour…

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